Co-construction de la feuille de route nationale ODD, qu’en attendre ?

Les objectifs de développement durable (ODD), définis dans le programme de développement durable adopté en septembre 2015 par les 193 Etats membres de l’ONU, sont 17 priorités à atteindre d’ici à 2030. Ambitieux, ils couvrent l’intégralité des priorités du développement durable (biodiversité, climat, énergie, prospérité économique, éducation, égalité des genres, pauvreté…). Ce programme transversal et inclusif appelle tous les pays du monde, acteurs publics et privés, à suivre cette feuille de route universelle et l’adapter à l’échelle nationale via des indicateurs de suivi. Chaque année, les Etats sont appelés au forum politique de haut niveau des Nations unies pour rendre compte lors d’un point d’étape de leur avancée sur l’adoption des 17 ODD. La France souhaite être exemplaire sur ce sujet mais l’atteinte de ces ODD implique la mobilisation de tous : l’Etat, les collectivités territoriales, les entreprises, les syndicats, les chercheurs, les associations, les citoyens…

Le ministère de la Transition écologique et solidaire a organisé mardi 27 mars une journée de travail sur les ODD pour coconstruire collectivement et préparer le point d’étape et la feuille de route de la France dans la mise en œuvre de l’Agenda 2030. Au lendemain du lancement de l’écriture de l’Agenda 2030 par la France, que peut-on attendre de la feuille de route ?

Les ODD : quelles priorités pour la France ?

L’Agenda 2030 constitue une démarche globale et universelle qui concerne tous les pays mondiaux du Nord et du Sud. La mobilisation pour l’atteinte des ODD s’articule autour de 5 piliers : planète, population, prospérité, paix et partenariats. De nombreux défis sont à relever et pour participer à un monde plus durable, l’éducation et la pauvreté se placent au service du développement durable.

Les gouvernements de tous les pays doivent agir pour réduire les écarts et progresser pour atteindre les ODD. Dans le plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, adopté en janvier 2013 en France, figurent des mesures concrètes pour les personnes en difficulté et leur permettre de rebondir. La réduction des inégalités et l’accès à l’emploi sont des sujets auxquels la France est particulièrement sensible, au même titre que le changement climatique et la transition écologique, en témoignent les événements occasionnés (One Planet Summit, etc).

Au risque de ne pas atteindre certaines cibles trop ambitieuses, le gouvernement doit clarifier ses priorités et se concentrer sur des enjeux plus prioritaires, comme la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles. Avec la métropole et les territoires d’outre-mer, la France est le deuxième espace maritime du monde avec plus de 10 millions de km² sous sa juridiction. Cette richesse naturelle doit faire l’objet d’une attention particulière : notre territoire national a une responsabilité importante en termes de protection de la nature et du patrimoine naturel. Sur chaque ODD, des priorités claires et cohérentes par rapport à la situation actuelle de la France doivent être définies.

Mettre en cohérence et s’appuyer sur les outils et politiques publiques

Pour poursuivre sur l’exemple de la biodiversité, sa gestion en France est suivie par la stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) qui fixe des objectifs à atteindre pour préserver, restaurer et valoriser la biodiversité, à destination des acteurs de la société civile. Cet outil de mise en œuvre des ODD du volet biodiversité figure dans le plan stratégique, concrétisation de ses engagements européens et internationaux, qui prendra fin dans deux ans. A horizon 2020, la SNB vise un engagement de tous les acteurs, à toutes les échelles, en métropole et outre-mer. A la suite de ce projet, quelle gouvernance de la biodiversité sera mise en place ?

Face aux différentes problématiques rencontrées sur le terrain, la gestion et la protection de la faune et de la flore reposent sur un panel d’outils pour accompagner les acteurs de la biodiversité et de l’aménagement du territoire. Les sociétés humaines dépendent de la biodiversité et du bon fonctionnement des écosystèmes. Les entreprises aussi sont concernées, de manière directe ou indirecte, par la biodiversité via leur chaine de valeur. Préserver et exploiter les écosystèmes terrestres, en veillant à les exploiter de façon durable, fait partie de l’ODD 15. Ce cadre élargi des ODD est ainsi l’occasion pour tous, y compris les citoyens et les acteurs privés, d’agir pour un monde plus durable.

La mise en œuvre des ODD repose sur une mobilisation multi-acteurs, notamment les entreprises

De plus en plus d’entreprises du SBF120 contribuent aux ODD (mention dans leur rapport RSE, actions sur des ODD variés, mise en place de partenariats, mécénat, développement de nouveaux produits…) selon la dernière étude de B&L évolution. Ces mobilisations pourtant ambitieuses restent toutefois modestes si les entreprises veulent saisir les ODD comme une opportunité de développement stratégique et de renforcement de leur démarche RSE. La réalisation des ODD nécessite une modification de nos modes de vie, de production et de consommation.

Au-delà de l’engagement des organisations internationales et des gouvernements, les territoires et acteurs locaux ont un rôle clé à jouer dans la réalisation de l’Agenda 2030. Eux aussi sont concernés par les enjeux environnementaux, sociaux, économiques et éthiques pour contribuer, selon leurs capacités, à éradiquer la pauvreté et les inégalités, protéger la biodiversité ou encore garantir la prospérité pour toutes et tous. Nous ne pouvons pas nous contenter d’un simple « engagez-vous ». Chacun est invité à décliner cet agenda mondial au niveau local et à travailler avec toutes les parties prenantes pour relever de nombreux défis.

Ce travail de localisation des ODD a pu se faire par exemple au Pays Voironnais, collectivité locale près de Grenoble, qui a choisi de mobiliser les acteurs économiques de son territoire en s’appuyant sur les ODD. Le secteur privé est certes un levier essentiel pour le succès de l’Agenda 2030 mais les grands groupes ne sont pas les seuls acteurs à mettre en œuvre ces 17 enjeux puisque les TPE/PME sont également sensibilisées par cette approche. Il faut soutenir ces dernières via leur engagement RSE pour faire avancer concrètement les ODD sur les territoires.

Quelle gouvernance pour le suivi de la mise en œuvre en France des ODD ?

La mobilisation de la société civile (entreprises, associations, syndicats…) est un facteur crucial dans la mise en œuvre des ODD. Le gouvernement français a initié des réflexions en ce sens en travaillant en concertation avec différentes organisations de la société civile (scientifiques et autres parties prenantes) pour réaliser un état des lieux des actions mises en place dans le pays. Une consultation publique sur internet a permis aux citoyens de s’exprimer sur les enjeux et les modalités de mise en œuvre en France. Dans les régions, des ateliers de concertation sont organisés pour que les acteurs locaux puissent contribuer au plan d’action national. Cette revue nationale est présentée volontairement chaque année en juillet au siège de l’ONU. Si cette dynamique est à encourager, on regrette que la France n’ait pas octroyé de temps de parole aux entreprises et ONG alors qu’elles sont tout autant impliquées dans la préparation du rapport d’avancement au Forum politique de haut niveau (FPHN).

Pour donner plus d’impact et impliquer davantage le gouvernement, la responsabilité des ODD doit être confiée à une plus grande instance de décision, où un travail de concertation entre ministères est demandé. Contrairement aux autres pays, l’Etat français a mandaté une Déléguée interministérielle au développement durable pour la mise en œuvre des 17 ODD. La présence sur cette scène internationale est l’occasion pour les ministères chefs de file de rendre compte de l’état d’avancement des objectifs de développement durable. Il faut se donner les moyens d’agir pour l’atteinte des ODD sur le plan international.

Dans une perspective de co-construction, il est nécessaire de s’appuyer sur des institutions déjà existantes ou d’en créer de nouvelles. Le Conseil national du développement et de la solidarité internationale (CNDSI) et le Conseil national de la transition écologique (CNTE) sont les deux enceintes de concertation privilégiées pour la mise en œuvre des ODD. La plateforme RSE participe également au débat public en témoignant des transformations de la société française. Le dialogue et la concertation enrichissent les contributions de la sphère publique, de façon à préparer la France à plusieurs scénarios, sur le long terme.

Sylvain Boucherand conclut : « Déjà bientôt 3 ans d’écoulé depuis l’adoption des ODD, il est urgent de clarifier la feuille de route de la France, mettre en cohérence les outils et politiques et mobiliser les acteurs en leur donnant un cadre clair, cohérent et priorisé ».

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Publié dans Actualité RSE

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