La lutte contre la pollution lumineuse avance en France

Depuis le 1er juillet, les enseignes lumineuses et les vitrines des magasins ont l’obligation d’être éteintes entre 1h et 6h du matin. Une obligation qui fait suite aux engagements du Grenelle II de l’environnement et de l’arrêté de 2013 portant sur les éclairages nocturnes des bâtiments non résidentiels afin de limiter les nuisances lumineuses et les consommations d’énergie.

Ce nouveau rebondissement dans la lutte contre les impacts de la pollution lumineuse et du gaspillage énergétique répond à la condamnation du gouvernement par le conseil d’Etat. En début d’année, plusieurs associations de protection de l’environnement (FNE, FRAPNA, ANPCEN) ont interpellé le conseil d’Etat sur le manque d’actions concernant la pollution lumineuse. En effet, avec le Grenelle 2 de l’environnement, l’Etat devait prendre des dispositions et définir des arrêtés précisant des prescriptions techniques sur l’efficacité et les puissances des points lumineux, des conditions d’implantations, de période d’éclairage ou encore des mesures pour les espaces sensibles et d’intérêts (sites classés, parcs et réserves naturelles, Natura 2000…). Pourtant à ce jour aucune véritable interdiction n’était en place.

Les mesures prises en 2013 portant sur les éclairages des bâtiments non résidentiels manquent cruellement de dispositifs de suivis et de contrôles pour encadrer cet arrêté, limitant par conséquent toute action favorable à la limitation de la pollution lumineuse et de ses impacts. En mars dernier, le conseil d’Etat a donc contraint le gouvernement français à agir rapidement pour limiter les nuisances lumineuses.

Cette nouvelle interdiction donne enfin un cadre précis à la limitation des nuisances lumineuses, fixant des objectifs concrets en réalité avec le terrain. Cette nouvelle disposition est en plus accompagnée du nouveau plan biodiversité porté par Nicolas Hulot, donnant enfin un cap dans la lutte contre la pollution lumineuse et permettant de projeter de nouvelles actions en faveur de l’environnement nocturne.

La pollution lumineuse, une menace à prendre au sérieux

La pollution lumineuse est un véritable fléau pour l’environnement et la biodiversité nocturne. Même si les impacts de l’éclairage sur la santé sont encore discutés, ceux  sur les espèces sont indéniables. La forte concentration de lumière englobe les villes dans un halo lumineux qui ne laisse plus de place à l’obscurité naturelle parfois sur plusieurs kilomètres autour des pôles urbains. Une obscurité essentielle pour la biodiversité nocturne et diurne et pour maintenir une dynamique viable des écosystèmes. Les insectes, les oiseaux, les chiroptères ainsi que de nombreux mammifères sont particulièrement impactés, voyant leurs espaces de vie de plus en plus restreints et confinés.

L’environnement nocturne est un monde complexe, mal connu et longtemps oublié des mesures de protection. Pourtant, l’obscurité est indispensable pour l’équilibre des écosystèmes, comme par exemple pour la pollinisation où la présence de lumière peut déséquilibrer un processus déjà fortement sous pression. Une obscurité qui est indispensable également pour notre sommeil, notre bien-être et pour avoir accès à la vision d’un paysage étoilé. En effet, plus d’un tiers de la population terrestre ne peut jamais voir la voie lactée !

En 20 ans, le nombre de points lumineux a augmenté d’environ 90%, aujourd’hui plus de 15 millions de points lumineux éclairent le territoire français. Afin de limiter ces nuisances et endiguer le phénomène par une meilleure sobriété lumineuse, les entreprises et les territoires peuvent identifier leur vulnérabilité puis construire un plan d’action en fonction de leurs enjeux : maîtriser les flux, réduire l’intensité, réduire les températures de couleur… Nous vous accompagnons vers la mise en place d’une stratégie d’éclairage adaptée à vos besoins d’économies, d’atteinte des objectifs de rentabilité, de préservation de l’environnement ou encore du bien-être des citoyens.

Des économies intéressantes mais attention à « l’effet de rebond »

Les effets de la lumière sur la faune nocturne sont connus depuis très longtemps, avec plusieurs remarques d’ornithologues qui remontent au début du 20ème siècle. Pourtant la lutte contre la pollution lumineuse est longtemps restée en second plan. Ces derniers temps, elle a pris une nouvelle dimension avec de nombreuses études survenues au cours des dix dernières années sur les impacts et la diffusion du phénomène permettant de mieux comprendre les causes et les conséquences de la pollution lumineuse. De plus cette démocratisation du sujet s’est vue accompagnée de nouvelles technologies performantes permettant de mieux contrôler la lumière et assouvir l’éclairage aux véritables besoins. Les résultats ne sont toujours pas au rendez-vous, avec une pollution qui ne cesse de gagner du terrain et de l’intensité.

La pollution lumineuse gagne du terrain : +2,2%/an entre 2012 et 2016, d’après « l’étude zonale » (réalisée par C. Kyba et al.) datant de novembre 2017. La même étude montre une augmentation similaire d’intensité. Les causes de cette progression viennent notamment de « l’effet de rebond » qui est induit par l’arrivée des LED dans l’éclairage public qui, par une meilleure performance énergétique de l’éclairage, permet de faire d’importantes économies. Ces économies réalisées sur les éclairages poussent alors son développement et une implantation croissante des points lumineux sur les territoires. Pour comprendre ce phénomène : Pollution lumineuse : quand l’innovation dégrade l’environnement

Lutter contre la pollution lumineuse, c’est aussi faire des économies d’énergies, de gaz à effet de serre et d’argent. La première mesure de 2013 aurait permis de limiter la diffusion de 250 000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Cette nouvelle interdiction concerne 3,5 millions d’enseignes et de publicités lumineuses. Selon le ministère de la Transition écologique et solidaire, l’extinction des lumières de magasins est l’occasion d’économiser chaque année près de 1000 gigawattheure soit de faire plus de 200 millions d’euros d’économie par an.

Un meilleur encadrement de l’éclairage public pourrait permettre de limiter considérablement les dépenses publiques des communes en sachant qu’il représente plus de 40% des factures des collectivités territoriales qui dispose de la compétence (chiffre : AFE).

La pollution lumineuse trouve sa place dans le plan Biodiversité présenté par Nicolas Hulot

La loi pour la reconquête de la biodiversité avait intégré en 2016 de nouvelles notions sur la pollution lumineuse. Ce travail se conclut aujourd’hui par le nouveau plan pour la biodiversité comportant quelques actions prometteuses sur le sujet de la lutte contre la pollution lumineuse.

Dans le rapport pour reconquérir la biodiversité, qui est une question de survie pour nos sociétés, la pollution lumineuse est un véritable sujet sur lequel il faut travailler. La pollution lumineuse trouve sa place au sein du second axe « pour construire une économie sans pollution et à faible impact sur la biodiversité », où le chapitre 3 définit un objectif de réduction de la pollution lumineuse. La première action (action 25 du plan) est de définir un indicateur de suivi pour évaluer au mieux la pollution lumineuse qui est en cours de construction. Ensuite il s’agira de limiter les impacts en faisant évoluer notamment les normes et s’appuyer sur les initiatives citoyennes.

« L’environnement nocturne paye un lourd tribut du manque d’encadrement du sujet de la pollution lumineuse.  Travaillant sur le sujet depuis 2012, je suis très heureux de voir qu’un cap se met enfin en place pour lutter contre les nuisances nocturnes. Il est intéressant de voir que les territoires se mobilisent sur ces nouveaux sujets, avec de nouvelles méthodes totalement innovantes en faveur de la biodiversité nocturne comme l’apparition des trames noires, les réserves de ciel étoilé ou encore les extinctions qui se démocratisent. Un plus pour notre bien-être et cet environnement nocturne indispensable dans notre société», confie Rémy OSELLO, expert en pollution lumineuse et biodiversité à B&L évolution.

B&L évolution se réjouit de cette nouvelle approche de la pollution lumineuse et de ces nouvelles actions du gouvernement. De nouveaux objectifs pour les territoires et les entreprises dans leur transition écologique et énergétique en intégrant le développement durable dans leurs stratégies d’éclairages et au sein de la RSE.

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Publié dans Actualité Biodiversité
Un commentaire sur “La lutte contre la pollution lumineuse avance en France
  1. Un changement de culture universel est la manière dont nous utilisons la lumière la nuit. Il faut utiliser la lumière uniquement lorsque cela est nécessaire, en cas de besoin, dans les quantités appropriées et en utilisant la technologie d’éclairage intelligente appropriée.

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