Monsanto, Lactalis… L’éthique en entreprise, pierre angulaire de la RSE ?

ethiqueVendredi 10 août, le jugement est tombé : le groupe américain Monsanto a été condamné par la justice californienne et devra verser 290 millions de dollars au jardinier Dewayne Johnson. Ce dernier a dû, dans le cadre de son travail, utiliser le Roundup, l’herbicide qui est le plus vendu dans le monde et qui est composé entre autres de glyphosate, substance qu’il dit responsable de son cancer, comme des milliers d’autres plaignants. Tout au long du procès, une seule et même question : les dirigeants de Monsanto savaient-ils que leur produit était cancérigène ? Les documents étudiés par les juges révèlent que certains cadres et dirigeants n’ignoraient pas les impacts dangereux que pouvaient avoir le produit sur la santé ou mettaient en place des stratégies d’influence pour déstabiliser les agences ou études qui le révélaient. Derrière ces révélations un sujet majeur : la conscience professionnelle et l’éthique des entreprises.

L’éthique n’est-elle qu’un enjeu d’image ?

Depuis plusieurs années maintenant, les entreprises s’engagent à respecter une charte éthique (ou code de bonne conduite), souvent liée à la stratégie RSE (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise). Cette dernière, généralement rédigée par un groupe de travail interne à l’entreprise ou avec l’appui d’un cabinet de conseil, veut formaliser ou objectiver les valeurs de l’entreprise et orienter le quotidien des collaborateurs. Respect, écoute, conscience professionnelle ou éthique des affaires sont des termes que l’on retrouve fréquemment. Par exemple, le secteur de la santé est d’autant plus concerné par l’éthique que la vie des patients peut être en jeu. Ainsi, les chartes éthiques des entreprises de ce secteur contiennent souvent un volet sur des politiques de prévention contre la maltraitance des patients, pour la maîtrise du circuit des médicaments ou sur le respect des réglementations.

Pourtant, même si les entreprises s’engagent à respecter ces chartes, l’actualité semble montrer que leur mise en oeuvre reste limitée : l’éthique n’est pas encore appréciée comme un enjeu stratégique et central. C’est ce que mettent en avant les dernières révélations concernant les pratiques peu responsables de certaines entreprises. Monsanto, ou comme récemment Lactalis, étaient au courant des impacts que leurs produits ou fonctionnement pouvaient causer. La première avait mené certaines études pour assurer de la sûreté du Roundup. Ils n’ont pas tenu compte des résultats qui leur procuraient certains doutes. De même, Lactalis était au courant de la présence de salmonelle dans ses installations mais n’a rien révélé pour ne pas impacter les ventes du produit. Le critère économique pèse-t-il toujours plus lourd dans la balance que les principes éthiques ?

Pourtant, c’est ici la santé des consommateurs qui est en jeu – objectif voire « mission » que se sont données ces entreprises ! Or, d’après une étude publiée en 2012, la commercialisation du Mediator aurait conduit à 1300 morts et 3100 hospitalisations. Et la présence de salmonelle dans le lait infantile de Lactalis aurait contaminée 36 nourrissons. Ces pratiques ont finalement fortement impacté la réputation de ces entreprises et le risque qui peut suivre est réel : faire faillite ou tout du moins faire chuter le chiffre d’affaire. La santé économique de l’entreprise est donc fortement liée à la santé des patients et consommateurs… et de la planète.

Quelles actions mettre en place pour anticiper les risques RSE ?

De nombreux outils existent pour développer des politiques pratiques qui soient éthiques et responsables. Le dialogue avec les parties prenantes est indispensable au bon fonctionnement de l’entreprise. C’est un des principes fondamentaux de la RSE, comme le rappelle la norme ISO 26000 qui place le dialogue avec les parties prenantes au centre des questions de responsabilité sociétale de l’entreprise. Travailler en collaboration avec chaque partie prenante permet d’obtenir un regard extérieur sur ses actions et stratégies et ainsi de les améliorer. C’est aussi comprendre les attentes de chacun et donc mieux les intégrer dans sa stratégie générale d’entreprise.

Développer un dialogue avec ses parties prenantes permet également d’analyser et de cartographier les risques potentiels de l’entreprise. Après identification des risques internes et externes et discussion avec les parties prenantes, la réalisation d’une matrice de matérialité permet de visualiser ces risques qui sont alors hiérarchisés. L’entreprise peut alors prendre en compte ces derniers en fonction de leur importance pour elle et ses parties prenantes.

Au delà de l’analyse des risques, il s’agira de mettre en oeuvre de manière effective la stratégie RSE ou la démarche éthique, en formant l’ensemble des collaborateurs et en mettant en place des objectifs et incentives (modes de rémunération…) qui intègrent sans ambiguïté ou contradiction ces principes éthiques.

Enfin, la transparence sur les activités de l’entreprise est essentielle à la bonne gestion de ces dernières. D’ailleurs, la réglementation se développe à cet égard. Depuis 2017, les grandes entreprises européennes doivent publier une déclaration de performance extra-financière (ou rapport RSE), c’est-à-dire qu’elles doivent présenter les informations pertinentes, au regard de leurs risques identifiés, sur le plan social, sociétal et environnemental. Elles doivent aussi publier leurs actions concernant les Droits de l’Homme (Devoir de vigilance) et la lutte contre la corruption. Ces informations présentées publiquement permettent à chacun de connaître les activités de l’entreprise et donc de vérifier si ces dernières sont honnêtes et correspondent à leur charte éthique. Il s’agit aussi de mettre en avant les bonnes pratiques de l’entreprise qui sont différenciantes.

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Publié dans Actualité RSE

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