Plan biodiversité : quelles mesures adopter pour les entreprises et les territoires ?

Nicolas Hulot en avait fait le souhait : protéger les espèces et les milieux naturels comme on lutterait face au changement climatique fait désormais partie de son nouveau combat. Son plan Biodiversité a été présenté à l’occasion du premier comité interministériel pour la biodiversité, faisant de ce sujet une des priorités de l’action gouvernementale. L’ensemble des acteurs de la société civile sont ciblés pour se mobiliser pour la défense et la préservation de la biodiversité…

C’est au Muséum national d’histoire naturelle à Paris que le ministre d’Etat, de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a présenté ce mercredi 4 juillet en fin d’après-midi son plan Biodiversité, aux côtés du Premier ministre Edouard Philippe, du Ministre de l’Agriculture Stéphane Travert et des secrétaires d’Etat Brune Poirson et Sébastien Lecornu, à l’issue du comité interministériel pour la biodiversité. « Je souhaite que ce plan marque le début de la reconquête de la biodiversité, dans les territoires et avec les citoyens, car c’est notre bien commun », a-t-il rappelé. Plus de 25 000 contributions ont été recensées sur la plateforme en ligne dédiée et ont permis d’alimenter ce plan Biodiversité, également bâti grâce aux agences pour la biodiversité et de nombreuses ONG.

Plastique non biodégradable, néonicotinoïdes, artificialisation des sols… Des sujets lourds sont à l’ordre du jour de ce document qui contient au total six axes thématiques et 90 mesures en faveur de la biodiversité. Ces préconisations visent d’abord à protéger les écosystèmes et endiguer la disparition rapide des espaces naturels et des espèces, allouant des moyens significatifs pour atteindre les objectifs fixés dans ce plan. Si personne ne fait rien, « 40% des espèces vivantes auront disparu au milieu du siècle prochain », avait déclaré Nicolas Hulot lors d’une interview pour Le Parisien. La France souhaite être exemplaire sur ces questions, c’est pourquoi elle s’est positionnée en leader en mettant à contribution ses terres pour accueillir le prochain sommet du G7 en 2019 à Biarritz, la 7e conférence de l’IPBES au printemps 2019 (équivalent du GIEC de la biodiversité), le Congrès mondial de la nature de l’UICN en 2020 à Marseille, d’ici la COP15 en Chine. Mais pour lutter contre l’érosion de la biodiversité et limiter les impacts des activités humaines, la mobilisation de tous les territoires et acteurs non-étatiques (entreprises, citoyens…) est nécessaire à tous les niveaux !

Reconquérir la biodiversité dans les territoires

Les collectivités sont bien sûr les premières à avoir le pouvoir et le devoir d’agir en la matière, et l’État souhaite les accompagner. Le plan biodiversité vise à stopper l’artificialisation des espaces naturels et agricoles, mais aussi à reconquérir des espaces de biodiversité dans les milieux urbains et ruraux. Nicolas Hulot souhaite que les villes et les centres commerciaux cessent de s’étendre mais il faut avant tout redynamiser les territoires en créant des espaces. Parmi les mesures énoncées : valoriser les collectivités qui prennent en compte la biodiversité dans la gestion des espaces publics, développer la nature en ville et l’accès pour tous les citoyens à des espaces riches en biodiversité sont des solutions facilement applicables pour que les territoires soient plus résilients face aux changements globaux.

Un des points majeurs de cet axe est de limiter la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers pour atteindre l’objectif de zéro artificialisation nette. La consommation des espaces naturels reste trop rapide, même dans les zones où la population n’augmente pas, avec pour causes la construction d’habitats individuels, de zones commerciales en périphérie et le développement d’infrastructures de transport ou logistiques. Des mesures récentes ont été prises mais il faut viser plus loin en suivant une trajectoire définie pour enrayer l’augmentation des surfaces artificialisées et favoriser un urbanisme sobre en consommation d’espace. Dans le cas des nouveaux parkings, la construction des parcs de stationnement devra être éco-conçue et perméable afin de favoriser l’infiltration des eaux dans le sol dans le but de lutter contre les inondations et de reconnecter les écosystèmes.

Les entreprises visées par ce programme d’actions ?

Le point suivant est clair pour tout le monde : l’Etat doit prendre ses responsabilités et chaque collectivité, entreprise, citoyen doit se sentir investi par cet enjeu majeur qu’est la protection de la biodiversité. Comme l’a martelé Nicolas Hulot, nous ne devons pas vivre « dans un monde où l’économie est une licence à la destruction de la nature« . Le sujet est encore complexe puisqu’à l’heure actuelle beaucoup ne font toujours pas le lien entre l’érosion du vivant et les activités humaines. Pourquoi ne pas construire une économie sans pollution et à faible impact sur la biodiversité ? C’est justement un des axes stratégiques du plan Biodiversité.

Si le développement économique s’est longtemps fait aux dépens de la biodiversité, le gouvernement actuel semble ne plus vouloir ignorer les impacts des activités humaines sur la nature mais plutôt de renforcer les synergies existantes entre le développement économique et la préservation de la biodiversité. Au contraire, la biodiversité participe au bon fonctionnement de l’entreprise. Mettre en place une stratégie biodiversité au sein d’une entreprise permet d’innover dans ses produits, services et modèles économiques pour assurer la durabilité de son activité. Pour être à la hauteur de cet enjeu, les entreprises doivent s’engager à mieux prendre en compte la biodiversité dans la production, la vente et le recyclage des produits et services qu’elles proposent.

B&L évolution se réjouit des mesures qui concernent la place de la biodiversité dans la RSE. Il est indiqué que des travaux seront menés – en lien avec la Plateforme Nationale RSE – pour définir un cadre de reporting RSE plus pertinent sur les enjeux de biodiversité et services écosystémiques. Il le portera également au niveau européen pour en faire la nouvelle norme pour toutes les entreprises. Il est également fait mention de la publication de l’empreinte biodiversité des entreprises – méthode que B&L évolution a développé et utilise depuis plusieurs années pour ses clients grands groupes et PME. Autre action notable, l’intégration de la biodiversité dans la finance, notamment dans le label TEEC. C’est un levier crucial pour réorienter l’économie vers des activités qui sont compatibles avec le vivant.

Toujours sur le volet écologique, les produits plastiques par exemple ne cessent d’augmenter, causant ainsi des dégâts considérables pour la biodiversité. Un des points que propose le gouvernement est de mettre fin aux pollutions plastiques, l’objectif étant d’atteindre le zéro plastique rejeté en mer d’ici 2025. Lutte ambitieuse mais nécessaire, il faut encourager chacun à y contribuer, à commencer par ne plus utiliser les objets en plastique à usage unique (pailles, couverts en plastique, cotons tiges…) et apprendre à recycler le plastique et/ou le substituer. Ces mesures rejoignent les travaux engagés par la feuille de route pour une économie circulaire, à laquelle nous avons contribué. Pour information, celle-ci prévoit, entre autres, l’installation d’ici 2022 de filtres de récupération des particules de plastiques sur le réseau d’eaux usées des sites où celles-ci sont produites ou utilisées afin d’en limiter la dispersion dans l’environnement naturel.

Pollution lumineuse et biodiversité : deux sujets corrélés

Il existe d’autres pollutions que plastiques ou chimiques, et qui causent également l’érosion de la biodiversité : c’est la pollution lumineuse. L’éclairage public et l’illumination des bâtiments impactent de nombreuses espèces d’insectes, d’oiseaux et de chiroptères, en réduisant leurs espaces d’évolution et d’alimentation voire parfois en augmentant les risques de mortalité. Diminuer cette pollution, ce n’est pas uniquement préserver la nature c’est aussi préserver la santé. Ce sujet est cher à B&L évolution mais malheureusement, la réglementation actuelle et les actions visant à les réduire sont insuffisantes. Le gouvernement s’engage à mettre en place un indicateur unique permettant de mieux suivre et évaluer la pollution lumineuse en France à partir des recommandations de la mission d’inspection du Conseil général de l’environnement et du développement durable en cours sur le sujet. D’ici la fin de l’année, une politique portant sur les horaires d’allumage ou d’extinction sera élaborée. L’État apportera un soutien particulier pour des initiatives citoyennes et associatives en matière de pollutions lumineuses mais qu’en est-il des entreprises ? Il faudrait davantage les sensibiliser à cette problématique et les aider à identifier les liens d’impacts sur et de dépendances avec la biodiversité.

Des entreprises développent déjà des activités pour la biodiversité. Le plan Biodiversité le mentionne et encourage d’ailleurs les acteurs économiques à « créer plus d’activité et d’emploi, tout en amenant des solutions techniques innovantes pour une meilleure préservation de la biodiversité ». Dès cette année, des travaux seront lancés pour inciter les entreprises à qualifier leur empreinte biodiversité. Dans ce cadre, l’Etat soutient les travaux visant à définir un indicateur d’impact sur la biodiversité comparable à la tonne de CO2 pour l’impact climatique. Nous encourageons ce projet de porter l’empreinte biodiversité au sein même de la RSE. Le gouvernement français prévoit de porter au niveau européen la publication obligatoire de cet indicateur dans le cadre de la révision RSE prévue en 2020. La plateforme française pour la RSE sera mobilisée dès 2018 pour faire des propositions dans cette perspective.

Restaurer la nature : à qui cette responsabilité ?

De nombreuses interdictions ont été dévoilées dans ce plan Biodiversité mais la défense de la biodiversité passe aussi par sa reconstruction, notamment par la création et l’extension de 20 réserves naturelles nationales d’ici la fin du quinquennat.

Nous saluons les mesures spécifiques prises pour protéger les espèces en danger et lutter contre les espèces invasives. La progression de ces dernières continue, malgré les mesures prises récemment dont il convient de renforcer la mise en œuvre. Ainsi, l’objectif du Plan biodiversité est de conforter l’action existante sur les sujets les plus prioritaires. Les premières actions sont déjà attendues pour 2018. En effet, ce plan Biodiversité préconise, dès cette année, la mise en place d’actions pour la protection des cétacés afin d’éviter les captures accidentelles de ces animaux marins dans les filets de pêche.

Le Plan biodiversité a pour ambition d’améliorer nos connaissances sur la biodiversité des sols et de développer les pratiques agricoles et forestières permettant de la conserver, de la restaurer et de la valoriser.  La protection de la nature doit devenir un enjeu national mais beaucoup ne savent pas comment contribuer. Pour mobiliser tous les acteurs, une explicitation plus claire des enjeux et un meilleur accès à l’information sur l’état des milieux et des espèces et sur les leviers à mettre en place, est nécessaire. Cela passe par le développement de la recherche mais aussi l’éducation dès le plus jeune âge.

L’ensemble des acteurs, à toutes les échelles : locale, régionale, nationale, sont invités à agir. Les collectivités investissent plus d’un milliard d’euros pour protéger la biodiversité. Ce plan prévoit de mobiliser 600 millions sur les prochaines années : gestion des milieux aquatiques et marins, etc. et d’identifier les subventions dommageables à la biodiversité. Les projets en faveur de la biodiversité sont largement encouragés. Les entreprises ont également leur mot à dire et sont invitées d’ailleurs à le faire. Le 10 juillet prochain, plusieurs entreprises vont affirmer leur engagement en faveur de la biodiversité lors de l’événement act4nature, durant lequel Sylvain Boucherand interviendra.

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Publié dans Actualité Biodiversité

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