Les acteurs financiers sont déjà soumis directement et indirectement à des risques climatiques variés et doivent s’adapter dès maintenant à un climat changeant en mesurant ces risques et en construisant des plans d’adaptation robustes et intégrés à leur stratégie.
En tant qu’acteur du private equity, accompagner ses participations dans une démarche d’adaptation au changement climatique est nécessaire pour assurer sa propre adaptation : réduction du niveau de risque global et limitation des pertes financières, augmentation de la robustesse des activités, des chaînes de valeur et des business models des participations, et création d’avantages réputationnels (notations ESG,…).
Quels leviers pour les gestionnaires d’actifs vis-à-vis de leurs participations ?
Le premier levier consiste à conditionner des financements ou investissements à la réalisation d’analyses de risques climat et/ou mise en place de plans d’adaptation, dont on peut mesurer la robustesse grâce à l’existence de standards (TCFD). Ceci est un moyen de réduire le niveau de risque qui peut être mesuré lors de la phase de due diligence ESG.
Les gestionnaires peuvent également collecter et suivre les données, permettant ainsi de piloter un partage d’expérience entre les participations (notamment à iso secteur par exemple), et en retour leur fournir des données sectorielles, des recommandations, et rediriger les participations vers des cabinets spécialisés en cas de manque d’expertise interne. Sur ce point, plusieurs bonnes pratiques existent déjà sur le marché comme l’organisation de séminaires à impact qui réunissent les responsables ESG des participations pour les sensibiliser au sujet et/ou leur fournir des outils et conseils, par exemple sur les différents dispositifs de financement existants. Ces événements sont l’occasion d’organiser des temps d’échange où les participations peuvent partager leurs difficultés et faire remonter leurs besoins.
Enfin, de manière opérationnelle, les gestionnaires peuvent accompagner leurs participations lors du chiffrage et du financement du plan d’adaptation, à travers trois leviers :
- Appui financier direct : en fonction de la nature des activités à adapter, des investissements importants sont parfois requis et ne peuvent pas être assumés uniquement par les participations (exemple : actions technologiques transformatives pour des entreprises industrielles)
- Appui à la recherche de financements : partage d’informations sur les dispositifs publics et privés existants, en fonction des spécificités des participations et des actions d’adaptation en question (exemple : certaines actions nature-based sont finançables grâce aux crédits carbone, d’autres grâce à des financements européens comme la Banque Européenne d’Investissement, ou encore des diagnostics de vulnérabilité sont financés en France par la BPI)
- Accompagnement à l’intégration progressive du plan d’adaptation au business model et à la gestion financière de l’entreprise. Ceci passe tout d’abord par une nécessaire prise de conscience des enjeux liés aux risques climatiques par les directions des participations.
Quels sont les avantages et opportunités pour les gestionnaires d’actifs de se lancer dans une telle démarche ?
L’accompagnement de ses participations dans leurs stratégies d’adaptation permet aux acteurs du private equity une meilleure vision du niveau de risque global de leur portefeuille. Ils peuvent ainsi réduire le niveau de matérialité de leurs risques de transition (meilleure notation ESG et anticipation réglementaire) et de leurs risques physiques (limitation des pertes financières liées aux impacts du changement climatique sur les participations).
Cette démarche permet également de créer de la valeur à moyen terme et donc une potentielle plus-value lors de la vente. En effet, la valeur des participations peut croître avec l’augmentation de la robustesse de leurs activités et de leur niveau de résilience en cas de choc.
De plus, les gestionnaires occupent une position privilégiée pour impulser cette démarche :
- Rôle moteur : l’engagement des investisseurs est l’un des moteurs les plus puissants de l’action climatique des entreprises, mobilisant des capitaux vers des solutions et permettant des réductions d’émissions concrètes.
- Facilitateur d’écosystèmes : une bonne connaissance sectorielle permet potentiellement un lien entre les participations, par exemple la mutualisation de stratégies climat à travers des accompagnements collectifs, et donc un fonctionnement en écosystème qui accélère la transition.
- Partenaire de proximité : les interactions directes et transparents entre les gestionnaires d’actifs et le management ou les directions sur ces sujets stratégique permettent de renforcer leur proximité et le niveau de confiance mutuel.
L’aspect stratégique de la connaissance fine des enjeux d’adaptation sectoriels des participations permet également pour les GP de saisir de nouvelles opportunités d’investissement (nouveaux marchés et/ou produits).
Quels sont les principales limites et les facteurs clés de succès de cette démarche d’accompagnement à l’adaptation ?
Tout d’abord, il existe encore un manque de connaissances et de ressources du côté des participations sur ces sujets liés aux risques climatiques. Même si elles sont en première ligne devant les impacts du changement climatiques, elles ont besoin d’accompagnement de la part d’experts dédiés à la mesure et à la réduction des risques, que ce soient au sein du fonds ou à travers un appui externe.
De l’autre côté, il reste difficile dans certains cas d’engager les LPs à l’échelon supérieur car ils impulsent la dynamique des GPs mais ne voient pas forcément ces enjeux comme prioritaires et ce pour deux principales raisons :
- Horizon temporel contraint : il faut un temps long pour implémenter opérationnellement un plan d’adaptation, et encore plus pour percevoir concrètement des résultats. Cette temporalité est beaucoup plus importante que les durées d’investissement moyennes du capital investissement (notamment quand il s’agit de l’adaptation face aux risques chroniques tels que l’augmentation du niveau de la mer ou le changement progressif des régimes de précipitation)
- Changement de paradigme nécessaire à l’heure des crises climatiques : il n’y a pas de rentabilité directe sur ces investissements car l’adaptation n’est pas une manière de maximiser la rentabilité mais de minimiser les pertes futures. Sur ce sujet, le GIEC précise que le coût de l’inaction est plus important que celui de l’adaptation. Cependant, ce premier étant très difficile à estimer à l’échelle d’une participation (et donc d’un portefeuille), le ROI de mise en œuvre du plan d’adaptation est rarement chiffré ce qui freine particulièrement le passage à l’action et n’est pas compatible actuellement avec le fonctionnement des LPs.
Perspectives et mise en action
Les acteurs du private equity jouent un rôle stratégique dans l’accompagnement de leurs participations sur l’adaptation, ce qui permet à la fois de réduire le niveau de risque du portefeuille et de créer de la valeur.
Mais pour lancer ces démarches, ils ont besoin d’assurer la disponibilité des compétences et connaissances nécessaires (directement en interne ou à travers un appui externe) et surtout d’embarquer les LPs, certains ne percevant pas encore le sujet comme prioritaire.
BL évolution accompagne les acteurs du private equity et leurs participations pour évaluer leurs enjeux d’adaptation à travers l’analyse de risques climatiques (alignés TCFD), des risques eau et biodiversité (alignés TNFD), la construction d’un plan d’adaptation (aligné CSRD), mais également à travers des analyses prospectives ou encore des benchmarks sectoriels. Contactez nos équipes pour échanger au sujet de vos besoins.