Longtemps, les politiques cyclables se sont concentrées sur les grands axes structurants ou les aménagements en site propre. Pourtant, un autre gisement souvent sous-estimé de potentiel cyclable fait aujourd’hui l’objet de notre attention : les voies à faible trafic.

Routes communales, chemins départementaux peu circulés, chemins vicinaux, voiries rurales ou périurbaines… Ces infrastructures irriguent finement les territoires et présentent un potentiel considérable pour accueillir les modes actifs en toute sécurité, à commencer par le vélo, sans engager des investissements lourds.

La requalification de voirie, opération qui consiste à réaffecter prioritairement ces axes aux usages cyclables (et plus largement aux mobilités légères), en tenant compte des volumes de trafic, des éventuels aménagements préexistants et d’autres paramètres (topographiques, démographiques, de concertation) est donc une solution pragmatique et facile à déployer, particulièrement dans le contexte actuel de raréfaction budgétaire et de limitation de l’artificialisation des sols.

  1. Pourquoi s’intéresser aux voies à faible trafic ?

Un réseau existant, sous-utilisé pour les mobilités actives

La grande majorité du linéaire routier français est composée de routes où les volumes de trafic motorisé sont faibles. Pourtant, ces voies restent souvent perçues — et aménagées — exclusivement pour l’automobile, alors même que leur faible volume de circulation motorisée en fait des candidates idéales à un partage plus équilibré.

Un fort potentiel pour les déplacements du quotidien

Ces axes offrent des itinéraires entre bourgs, quartiers et équipements et un cadre plus apaisé, propice à la pratique du vélo. Par ailleurs, requalifier une voie à faible trafic ne signifie pas forcément en interdire l’usage aux voitures. L’objectif est avant tout de redéfinir la hiérarchie des usages, en donnant la priorité aux modes actifs, en abaissant les vitesses autorisées, et en rendant lisible cette nouvelle vocation par l’aménagement et/ou la signalisation.

 

  1. Un potentiel massif et mesurable selon l’ADEME

L’étude « Potentiel de changement de classification des routes pour développer les usages des modes actifs et/ou légers » menée en 2025 par BL évolution pour le compte de l’ADEME apporte un éclairage structurant sur ce sujet.

Dans cette étude, BL évolution et Maël Bordas (Mobam) ont développé un modèle cartographique pour identifier les meilleures propositions de maillage cyclable à partir des voies peu circulées.

D’après cet algorithme, une part significative du réseau routier peut être reclassée ou requalifiée sans impact majeur sur la circulation motorisée. À l’échelle nationale, ce potentiel se situe quelque part entre 61 000 km utiles et 325 000 km.

Ce résultat confirme que la requalification des voies à faible trafic, loin d’être une solution marginale, pourrait devenir un outil structurant des politiques cyclables, notamment en milieu rural et périurbain.

 

  1. Retour sur l’expérience en cours en Eure-et-Loir : de la stratégie à l’opérationnel

Le Département d’Eure-et-Loir s’est engagé dans une démarche ambitieuse visant à structurer un processus global de réaffectation des voiries à faible trafic au service de la mise en œuvre de son schéma directeur cyclable départemental. Ce travail, encore en cours, permet d’illustrer concrètement les étapes clés d’un tel projet.

    1. Vérifier la compatibilité des trafics réels

Première étape indispensable : des comptages et analyses visant à vérifier que les volumes de trafic sont compatibles avec une réaffectation prioritaire aux vélos, sans dégradation majeure pour les autres usagers.

    1. Clarifier le périmètre et les gestionnaires

La démarche nécessite ensuite d’identifier précisément les voies concernées, leur statut (départemental, communal, intercommunal), et les responsabilités associées.

    1. Concerter les populations et les activités locales

Riverains, agriculteurs, entreprises, services de secours : la réussite du projet repose sur une concertation en amont, permettant d’anticiper les usages spécifiques et de lever les craintes et idées reçues associés à la requalification.

    1. Définir les modalités d’accès et les exceptions

Une voie dédiée aux vélos n’est pas une voie fermée. Pour garantir lisibilité et acceptabilité, il s’agira de préciser :

  • Le changement de statut de la voie (voie verte, fermeture d’accès aux véhicules motorisés… la boîte à outil des aménageurs contient plusieurs outils qui peuvent s’adapter à différents contextes),
  • les exceptions d’accès autorisés (desserte de riverains, services, livraisons…),
  • les vitesses autorisées (un abaissement à 50 km/h semble être un prérequis à un réel changement de paradigme favorable au vélo).
    1. Concevoir les entrées d’aménagement

Les points d’entrée jouent un rôle clé dans la compréhension de la nouvelle vocation de la voie : traitement visuel, signalisation, réduction de la vitesse dès l’amorce.

    1. Assurer la connexion aux aménagements cyclables existants

Une voie requalifiée n’a de sens que si elle s’inscrit dans un réseau cohérent. Les connexions avec les pistes en site propre et les itinéraires structurants sont donc systématiquement travaillées.

    1. Concevoir un jalonnement adapté

Panneaux directionnels, marquage au sol, signalisation spécifique : le jalonnement rend l’itinéraire identifiable, attractif et utilisable par toutes et tous.

    1. Chiffrer, planifier, expérimenter

Les coûts sont évalués, les phases planifiées, et des expérimentations temporaires peuvent être mises en place pour tester les dispositifs avant pérennisation. Ces expérimentations doivent forcément s’inscrire dans le temps long (> 6 mois) pour obtenir des changements d’usages durables et englober la période printemps / été favorable aux déplacements à vélo.

    1. Vers un process et des critères partagés

L’objectif final de cette étude est de formaliser :

  • des critères de sélection des voies permettant de déclarer telle ou telle voie éligible à la requalification,
  • un process reproductible, de l’identification de la voie à la livraison de l’aménagement final,
  • et une méthode d’évaluation, pour déployer la démarche à plus grande échelle.

 

Un changement de regard sur la voirie

Mener ce travail de requalification des voies à faible trafic, c’est avant tout changer de regard sur des infrastructures et des pratiques de mobilités existantes.

L’exemple de l’Eure-et-Loir ou d’autres territoires comme la Manche, l’Agglomération d’Epinal ou la Communauté de Communes d’Erdre & Gesvres montrent que cette approche est non seulement possible, mais aussi qu’elle peut se révéler structurante pour les politiques de mobilité de demain. Un levier discret, mais puissant, au service de territoires plus sobres, plus sûrs et plus agréables à vivre.

Cette méthode, reproductible et adaptable à d’autres territoires, est un moyen sûr d’accélérer la mise en œuvre de vos politiques cyclables. Vous souhaitez échanger avec nos équipes spécialisées dans la transition des mobilités ? N’attendez pas et contactez-nous : https://www.bl-evolution.com/contact/