Face à l’intensification des impacts du changement climatique et à l’accélération des exigences réglementaires, collectivités et entreprises sont aujourd’hui confrontées à une même question : comment structurer une action climatique à la fois crédible, priorisée et opérationnelle ?
À l’occasion de ce 4e Sommet Virtuel du Climat, BL évolution animait deux webconférences consacrées à l’adaptation au changement climatique et à la décarbonation de la chaîne de valeur grâce aux achats responsables. Ces temps d’échanges ont mis en lumière un point central : au-delà des engagements, ce sont la méthode, la qualité des données et la capacité à entraîner ses parties prenantes qui conditionnent l’efficacité des stratégies climat.
1 – Réussir sa stratégie d’adaptation : Points clés, outils et méthodes
Les effets du changement climatique ne relèvent plus du domaine de la prospective : ils impactent déjà le fonctionnement quotidien des organisations et des territoires. Épisodes de chaleur extrême, sécheresses, inondations, tensions sur les ressources ou dégradations des infrastructures : ces impacts affectent directement la capacité des entreprises à produire et des collectivités à assurer leurs missions de service public.
Côté entreprises, les aléas climatiques exposent directement les fonctions critiques : sites de production, rupture des chaînes d’approvisionnement et tension sur les ressources clés, sécurité des collaborateurs et conditions de travail… L’adaptation devient alors un enjeu de gouvernance des risques, au même niveau que les risques financiers, juridiques ou cyber.
Pour les collectivités, le changement climatique place les exécutifs locaux et les directions générales face à des arbitrages délicats : maintien des services publics, priorisation des investissements, adaptation des infrastructures, protection des populations vulnérables… Anticiper ces impacts conditionne leur capacité à assurer la continuité du service public.
Outils et méthodes au service de l’adaptation au changement climatique
Parmi les outils et méthodes sur lesquels les entreprises et les collectivités peuvent s’appuyer pour connaître les tendances climatiques locales, on peut citer Climadiag Commune, Climadiag Agriculture et Forêt, et Drias, des outils développés par Météo France en open source, avec la communauté scientifique, pour aider les collectivités à anticiper les évolutions climatiques dans le futur. La collecte et l’analyse de ces données peut être, à l’échelle locale, l’opportunité d’une coopération entre entreprises et territoires, face à un besoin commun de partage et de diffusion des connaissances.
Pour aider les entreprises à identifier les risques et vulnérabilités auxquels elles sont exposées, il existe un certain nombre d’outils et de méthodes plus spécifiquement adaptés à leurs usages (Climadiag Entreprise, OCARA, Diag Adaptation). Cette approche (diagnostic des risques et vulnérabilités, puis construction d’une stratégie d’adaptation) est complémentaire d’une éventuelle démarche d’atténuation, visant à réduire le volume d’émissions de GES, qui peut être menée séparément (par exemple, avec le DiagDécarbon’action de la Bpi) ou conjointement, comme c’est le cas avec la dernière mise à jour de la méthode Bilan Carbone, ou avec les méthodes ACT.
La démarche de référence pour les collectivités est la Trajectoire d’Adaptation au Changement Climatique pour les Territoires (TACCT). Les entreprises en sont parties prenantes, en tant qu’acteurs impactés, impactants ou porteurs de solution ou d’innovation. Elles peuvent être sensibilisées à l’importance de cette démarche par le coût économique d’une période d’arrêt d’activité à cause d’un aléa climatique.
Cette méthodologie orientée “trajectoire” traduit le besoin d’un processus évolutif d’adaptation, et d’arbitrages – en concertation avec les acteurs locaux – sur les ajustements de la trajectoire en fonction des impacts économiques, sociaux, environnementaux observés sur le terrain. Pour aller plus loin sur ces sujets, les démarches de résilience territoriale permettent d’avoir un regard plus large que les seuls risques climatiques, en travaillant sur les facteurs de résilience de son territoire : capacité d’innovation, maîtrise locale, réseaux d’entraide, savoir-faire…
Approche systémique et enjeux territoriaux
Pour une entreprise, l’adaptation au changement climatique doit en premier lieu être abordée à travers un prisme territorial. Par ailleurs, il existe une forte interdépendance entre l’entreprise et son territoire. Pour autant, les risques climatiques ne s’arrêtent ni aux frontières administratives, ni aux périmètres organisationnels : il est donc indispensable d’adopter une approche systémique capable de croiser les vulnérabilités territoriales, sectorielles et celles propres aux chaînes de valeur.
Dans cette perspective, la collectivité joue un rôle clé. Intégrer les enjeux économiques dans ses stratégies d’adaptation est un facteur clé de résilience à la fois pour le territoire et pour les entreprises. Pour ces dernières, s’inscrire dans une dynamique territoriale permet de sécuriser l’accès aux ressources, aux infrastructures et aux compétences, tout en renforçant la cohérence et l’efficacité des plans d’adaptation. L’implication des collectivités et la prise en compte des enjeux territoriaux ne relèvent donc pas d’une contrainte supplémentaire, mais constituent un facteur majeur de résilience collective, au service des acteurs publics comme privés.
2 – Fiabiliser les données et décarboner la chaîne de valeur, le rôle stratégique des achats responsables
Pour de nombreuses entreprises, la décarbonation se heurte au même écueil : la majeure partie de l’empreinte carbone se situe en dehors du périmètre opérationnel direct. Les achats – produits, matières premières, prestations de services – représentent souvent une part significative des émissions. Plus on se situe en aval de la chaîne de valeur, plus l’impact carbone des achats augmente : transformation des matières, usinage, assemblage, logistique… Dès lors, toute stratégie climat crédible passe nécessairement par une action structurée visant la chaîne de valeur amont.
La mesure d’impact carbone des achats est donc un levier majeur pour construire sa stratégie de décarbonation. Mais les services achats restent souvent insuffisamment outillés pour piloter cette transformation. Manque de données fiables, faible traçabilité, hétérogénéité des pratiques des fournisseurs, acheteurs peu formés aux enjeux environnementaux : ces limites expliquent pourquoi de nombreuses démarches peinent à produire des résultats mesurables.
Comprendre et objectiver ses impacts
La première étape consiste à objectiver les impacts environnementaux des achats. Cela suppose de dépasser une approche purement monétaire pour identifier :
- les familles d’achats les plus contributrices aux émissions,
- les matières ou produits à forts enjeux environnementaux,
- les zones de risques réglementaires, climatiques ou de dépendance fournisseur.
Plusieurs niveaux de précision sont possibles, depuis l’utilisation de ratios monétaires moyens (issus de la base de données de l’ADEME) jusqu’à des données physiques ou des empreintes carbone produit issues d’analyses de cycle de vie (ACV). L’objectif n’est pas d’atteindre immédiatement un niveau de précision maximal, mais de s’inscrire dans une trajectoire d’amélioration continue, afin d’aller vers une meilleure compréhension et une mesure plus fiable de ses impacts.
Des données fiables pour piloter sa trajectoire de décarbonation
Renforcer et fiabiliser sa collecte de données n’est pas une fin en soi. C’est un moyen pour, à terme, orienter les décisions d’achats, définir des objectifs pertinents et mesurer les progrès dans le temps. À partir de cette base, les entreprises peuvent :
- fixer des critères environnementaux clairs (contenu recyclé, certifications, pratiques fournisseurs),
- exclure certaines matières ou pratiques à fort impact,
- intégrer des objectifs de réduction dans l’évaluation et la sélection des fournisseurs.
Ce pilotage suppose également de renforcer le dialogue avec ses fournisseurs, via des questionnaires, des plateformes de collecte de données ou des démarches partenariales. L’objectif n’est pas uniquement de contrôler, mais de faire monter en compétence l’ensemble de la chaîne de valeur.
Entraîner sa chaîne de valeur : l’effet “boule de neige” des achats responsables
Les retours d’expériences montrent que les démarches les plus efficaces reposent sur une logique de co-construction. Formation des fournisseurs, accompagnement à la mesure de leurs propres impacts, partage d’objectifs, contractualisation progressive : ces leviers permettent d’aller au-delà du rang 1 et d’influencer l’ensemble de la chaîne amont. Ils peuvent aussi inciter les fournisseurs à s’engager dans des démarches de labellisation , entraînant toute la chaîne amont dans une spirale d’amélioration continue de ses exigences, de ses pratiques et de ses relations avec les autres parties prenantes.
Cette approche partenariale est d’autant plus stratégique que fournisseurs et clients sont désormais liés par un même enjeu climatique. La prise en compte du scope 3 place les acteurs « dans le même bateau » : la performance climatique de l’un conditionne celle de l’autre.
Enfin, les achats responsables ne peuvent être dissociés d’un travail plus global sur le besoin lui-même. L’éco-conception constitue un levier complémentaire majeur : réduction des quantités de matière, substitution de matières à risque, allongement de la durée de vie des produits, mutualisation des usages. Autant de décisions qui permettent de réduire durablement l’impact environnemental, en amont même de l’acte d’achat.
Adaptation au changement climatique et décarbonation de la chaîne de valeur ne relèvent plus de démarches parallèles. Ce sont deux leviers complémentaires d’une même démarche de résilience, fondée sur la compréhension des risques et vulnérabilités, la qualité des données et la capacité à agir collectivement.
Pour les collectivités comme pour les entreprises, l’enjeu est désormais de structurer des trajectoires claires, ancrées dans les réalités territoriales et les chaînes de valeur, afin de sécuriser les décisions d’aujourd’hui et de renforcer la robustesse des organisations face aux défis climatiques à venir.
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