Longtemps abordée par le prisme du climat ou de la disponibilité des ressources, la question des métaux révèle aujourd’hui des enjeux bien plus larges. Extraction minière, pollutions, consommation d’eau, dégradation des écosystèmes, risques sociaux, géopolitiques et dépendance stratégique : les impacts environnementaux, économiques et humains associés aux métaux sont massifs, complexes et encore largement sous-estimés par les entreprises.

BL évolution a mis en valeur un constat partagé à partir de plusieurs témoignages d’entreprises : la transition écologique ne pourra pas faire l’économie d’un travail de fond sur les chaînes de valeur métalliques, en particulier dans les secteurs industriels fortement dépendants de matériaux critiques.

L’extraction minière : des impacts systémiques encore peu maîtrisés

Parmi les activités les plus dommageables pour la biodiversité, l’extraction minière figure aux côtés de l’agriculture intensive. Pourtant, contrairement à cette dernière, les outils de mesure, de pilotage et de régulation restent encore limités.

Les ordres de grandeur parlent d’eux-mêmes : pour produire quelques kilogrammes de métaux, ce sont des tonnes de terres déplacées, des habitats naturels détruits, des volumes considérables d’eau mobilisés et des substances toxiques rejetées dans l’environnement (eau, air, sol). Les phases de lavage, de décantation et de fusion génèrent des pollutions durables, parfois invisibles, avec des conséquences lourdes sur les écosystèmes et la santé humaine.

À cela s’ajoutent les infrastructures, l’énergie nécessaire à l’extraction et au transport, ainsi que l’occupation et la conversion des sols. Les métaux concentrent ainsi plusieurs pressions environnementales majeures : eau, sols, biodiversité, émissions de gaz à effet de serre.

Métaux et chaînes de valeur : pourquoi les impacts se situent majoritairement en amont

Même lorsque les entreprises ne sont pas extractrices, leurs impacts sur la nature se situent très majoritairement en amont de la chaîne de valeur. Les analyses réalisées montrent que l’extraction minière peut représenter une part dominante de l’empreinte biodiversité d’une activité industrielle, devant d’autres postes pourtant plus visibles.

Cette réalité pose plusieurs défis :

  • difficulté à réduire significativement son empreinte sans agir sur les matières premières,
  • risques réputationnels liés aux pratiques d’extraction,
  • vulnérabilité croissante sur l’accès à certaines ressources stratégiques.

La dépendance à des chaînes d’approvisionnement mondialisées, peu transparentes et fortement concentrées géographiquement, renforce ces risques.

Mesurer l’empreinte environnementale des métaux : enjeux des méthodes actuelles

Un autre enseignement fort concerne la mesure des impacts. Obtenir une vision fiable des flux de matières reste un chantier complexe : données d’achats fragmentées, produits assemblés, fournisseurs multiples, manque d’information sur l’origine géographique réelle des métaux.

Les limites méthodologiques sont particulièrement marquées sur l’écotoxicité. Les bases de données d’ACV présentent des écarts importants selon les méthodes, les substances sont inégalement caractérisées et les unités utilisées ne sont pas toujours compatibles entre elles. Résultat : des ordres de grandeur utiles pour prioriser, mais des résultats encore fragiles scientifiquement.

Pour autant, l’absence de données parfaites ne doit pas être un frein à l’action. Les entreprises peuvent avancer en combinant estimation, analyse de risques et leviers opérationnels, tout en contribuant collectivement à l’amélioration des référentiels.

Des leviers déjà identifiés, à activer dès maintenant

Plusieurs leviers apparaissent comme structurants pour les entreprises qui souhaitent réduire leur empreinte matière :

  • sobriété matière : optimisation des quantités de métaux utilisées, allègement des produits, fabrication additive,
  • circularité : intégration de matières recyclées, amélioration de la recyclabilité, réemploi et reconditionnement de composants,
  • durée de vie : maintenance, mises à jour logicielles, prolongation de l’usage des équipements,
  • achats responsables : critères d’achats liés aux pratiques d’extraction, à la localisation et aux risques associés,
  • travail filière : mutualisation des exigences, labels sectoriels, certifications, dialogue collectif avec les fournisseurs.

Les retours d’expérience montrent que ces démarches peuvent générer des bénéfices concrets : réduction des délais d’approvisionnement, sécurisation des chaînes de valeur, optimisation des coûts sur le long terme et meilleure résilience face aux tensions sur les ressources.

Changer d’échelle : un enjeu collectif et européen

Un point clé ressort : agir seul a ses limites. La transformation des filières métalliques suppose une mobilisation collective, à l’échelle sectorielle et européenne. Certifications communes, exigences partagées, investissements dans le recyclage et le raffinage local, reconstruction de capacités industrielles : autant de chantiers qui nécessitent coordination et vision de long terme.

Le recyclage apparaît comme un levier central, mais encore contraint par des enjeux de rentabilité et de maturité technologique. Le développement de boucles trans-filières et d’infrastructures européennes pourrait marquer une étape décisive.

Vers une approche plus systémique de la transition

Enfin, un message fort émerge : le climat, à lui seul, n’est pas toujours le bon angle d’entrée. Eau, biodiversité, santé humaine, usages des sols et dépendances géopolitiques doivent être pensés ensemble. C’est à cette condition que les stratégies environnementales gagneront en cohérence et en efficacité.

Accompagner le passage à l’action

Face à ces enjeux, les entreprises ont besoin de structurer leurs démarches : compréhension des impacts, priorisation, comptabilité matière, analyses de risques, intégration dans les cahiers des charges, mobilisation des fournisseurs et construction de trajectoires crédibles.

BL évolution accompagne les organisations sur l’ensemble de ces dimensions, avec une approche pragmatique et progressive, pour transformer la complexité des chaînes de valeur en leviers d’action concrets au service de la transition écologique.