Imaginez un système de santé où l’achat d’un vélo serait prescrit par votre médecin traitant et remboursé par la sécurité sociale. Drôle d’idée ? Pourtant, la pratique du vélo s’avère être un traitement préventif efficace contre de nombreuses maladies, et, sur le plan collectif, elle permettrait de réduire les dépenses de santé.

Ses avantages sont connus : décarbonation des mobilités, augmentation du pouvoir d’achat, revitalisation des centres-villes autour d’un mode de vie en proximité… Ses bénéfices pour la santé sont souvent évoqués, mais pas toujours quantifiés. Nous avons donc profité de la sortie de la première étude française sur ce sujet – publiée en février 2024 dans la revue médicale britannique The Lancet par des chercheurs du CNRS, du CIRED et du CNAM – pour poser la question : que gagne la société à promouvoir le vélo ?

Le coût de la sédentarité

Commençons par donner quelques éléments de contexte :

  • La France est un pays sédentaire. L’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (ONAPS) évalue qu’en France 47% des femmes et 29% des hommes peuvent être considérés comme inactifs[1]. Les jeunes sont en particulier touchés, avec 73% des 11 à 17 ans et 27% des 6 à 10 ans qui n’atteignent pas les recommandations en matière d’activité physique. Ces chiffres placent la France à la 119ème place (sur 146 pays) sur un classement[2] de l’activité physique chez les jeunes. Ce qui représente un coût.
  • Le coût humain de la sédentarité est significatif: on estime que 10% des décès constatés sont aujourd’hui liés à l’inactivité. Cela veut donc dire que 10% des décès pourraient être retardés si tout le monde faisait du vélo par exemple.
  • En termes financiers, on estime que 30% des dépenses directes de santé liées aux maladies non transmissibles sont imputables à l’inactivité physique (hospitalisations, décès, traitements, indemnités journalières etc…). Les décès mais aussi les maladies liées à l’inactivité ont un coût non négligeable pour la société.

Le vélo, un remède miracle ?

Il est possible d’estimer les bénéfices directs de la pratique du vélo : selon l’Enquête Mobilité des Personnes de 2019 et la récente étude publiée en 2024 dans The Lancet, en France la part modale vélo actuelle de 3% permet déjà d’éviter 2000 décès par an et de réduire le risque de contracter des maladies chroniques, cardiovasculaires et des diabètes de type 2. Les coûts médicaux directs évités sont estimés à 191 millions d’euros par an[3].

Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. En plus de ses bénéfices directs et visibles, le vélo présente aussi de nombreux bénéfices sanitaires supplémentaires plus difficiles à quantifier. On nomme ces effets intangibles, les « coûts sociaux de santé », qui intègrent des éléments plus complexes comme le bien-être, la valeur d’être en vie, le préjudice moral de perdre un proche, ou encore la productivité. L’économiste Emile Quinet évalue ainsi le coût d’un décès à 3 millions d’euros. Avec ces chiffres, les coûts sociaux de santé évités grâce à la pratique actuelle du vélo peuvent être estimés à 4,8 milliards d’euros par an.

En faisant du vélo, nous faisons donc faire des économies à la société, et cela rien que sur le plan sanitaire. L’étude évalue que 1km parcouru à vélo = 1€ de coûts sociaux de santé évités. Ces coûts intangibles sont probablement aussi sous-estimés car ils n’intègrent pas, par exemple, les bénéfices sur la santé mentale. La pratique du vélo, comme d’autres sports, s’avère aussi efficace pour réduire le stress, l’anxiété et même les risques de dépression.

Des études montrent que des salariés qui vont au travail à vélo ont moins d’arrêts maladies

 

Au-delà des bénéfices du vélo, les effets néfastes de la voiture

Ces éléments peuvent susciter plusieurs questions dont nous pouvons apporter quelques éléments de réponses :

Les bénéfices sanitaires du vélo électrique, dit « VAE », sont comparables à ceux du vélo mécanique. Des études[4] montrent que l’effort réalisé sur un VAE serait de 70% à 90% l’effort réalisé sur un vélo mécanique sur

  • Les distances parcourues sur un VAE sont en général plus importantes que sur un vélo mécanique, ce qui vient compenser la réduction de l’effort. Le vélo électrique peut donc être considéré bénéfique, au même titre que des vélos mécaniques classiques.

 

 

  • L’étude montre que les bénéfices sanitaires du vélo semblent plus importants pour les hommes que pour les femmes, du fait d’une pratique plus importante pour les hommes mais aussi de la nature des maladies dont le vélo permet de réduire les risques. Ce constat étant posé, il y a toujours une nécessité à ce que la pratique du vélo puisse se diffuser de manière égale, notamment considérant le fait que les femmes sont davantage touchées par la sédentarité. Elles pourraient très largement bénéficier d’une plus forte pratique du vélo. Pour aller plus loin sur le thème du genre et du vélo, nous vous invitons à consulter notre article sur le sujet.

 

On peut (vraiment) mieux faire

Et, bonne nouvelle, le potentiel d’amélioration est immense ! L’étude de The Lancet estime que si 25% des trajets courts (moins de 5 km) aujourd’hui réalisés en voiture se faisaient à vélo, ce sont 2000 décès et 2,5 milliards d’euros de dépenses supplémentaires qui pourraient être évités chaque année en France. Cette trajectoire semble réaliste et pourrait même être encore plus ambitieuse. En plus d’être un outil efficace pour la transition écologique, le vélo est donc aussi un instrument de politique sociale et sanitaire : soutenir l’achat d’un vélo et construire des infrastructures sécurisées pour les cyclistes est un enjeu de santé public.

 

Ressource à destination des collectivités

Pour mesurer les coûts sanitaires évités à une échelle locale, l’OMS a mis en place un outil à destination des collectivités. L’outil HEAT (Health Economic Assessment Tool) permet de réaliser une évaluation économique des effets sur la santé d’une politique en faveur des mobilités actives. L’outil permet de se projeter en calculant le nombre de vies sauvées si l’on augmente le niveau de pratique. Il fournit un argument supplémentaire pour développer les mobilités actives sur son territoire.

 

 

 

 

 

 

[1] Verdot, C., Salanave, B., Deschamps, V. (2020). Activité physique et sédentarité dans la population française. Situation en 2014- 2016 et évolution depuis 2006- 2007. Bull Epidémiol Hebd. 2020;(15), 296-304. http://beh.santepubliquefrance.fr/beh/ 2020/15/2020_15_1.html

[2] Guthold, R., Stevens, G. A., Riley, L. M., & Bull, F. C. (2020). Global trends in insufficient physical activity among adolescents: a pooled analysis of 298 population-based surveys with 1·6 million participants. The Lancet. Child & adolescent health, 4(1), 23–35. https://doi.org/10.1016/S2352-4642(19)30323-2

[3] The untapped health and climate potential of cycling in France: a national assessment from individual travel data. Emilie Schwarz, Marion Leroutier, Audrey De Nazelle, Philippe Quirion, Kévin Jean. February 29, 2024. https://doi.org/10.1016/j.lanepe.2024.100874

[4] Castro, A et al. Physical activity of bicycle users compared to conventional bicycle users and non-cyclists: Insights based on health and transport data from an online survey in seven European cities. Transportation Research Interdisciplinary Perspectives 1, 100017.502 https://doi.org/10.1016/j.trip.2019.100017

[5] Rojas Rueda, D. (2013). Transportation, Air Pollution And Physical ActivitieS; an integrated health risk assessment programme of climate change and urban policies (TAPAS).