C’est l’objectif de la nouvelle stratégie long terme de l’Union Européenne face au changement climatique adoptée par la Commission européenne ce 24 février 2021 et désormais soumise à l’approbation du Parlement européen et du Conseil. Un objectif complémentaire à l’ambition d’atteindre la neutralité carbone en 2050, et qui vise, en parallèle des efforts d’atténuation, de renforcer les capacités d’adaptation de l’Union Européenne et de réduire au minimum la vulnérabilité de nos sociétés aux effets du changement climatique. Décryptage du rapport de prestation de la Commission européenne.

L’histoire de la stratégie d’adaptation européenne

Après deux premières phases, la nouvelle stratégie d’adaptation européenne s’inscrit dans la continuité de la montée en compétence de la phase préparatoire, puis dans la mise en place d’actions plus opérationnelles de la deuxième phase. Cette nouvelle stratégie vient mettre aujourd’hui en place les moyens et les outils pour s’orienter vers une société résiliente. Par cette nouvelle stratégie, la Commission européenne montre sa volonté d’accélérer le mouvement. 

C’est donc en ce début 2021, qu’une nouvelle stratégie d’adaptation est proposée par la Commission européenne, sous la forme d’un rapport accompagné d’un jeu de questions-réponses pour comprendre les tenants et les aboutissants de ce projet. Cette nouvelle proposition s’appuie notamment sur une double prise de conscience : le besoin d’élever l’ambition en matière de climat, et l’adaptation comme élément crucial de la réponse au changement climatique

Ce rapport met notamment l’accent sur la volonté de construire un avenir résilient face au changement climatique en se concentrant davantage sur l’élaboration de solutions et en passant de la planification à la mise en œuvre. Mais que contient-il exactement ?

Les principaux éléments à retenir de ce rapport :

  • L’insistance sur la nécessité d’agir maintenant !

Le monde vient de conclure sa décennie la plus chaude jamais enregistrée, et que la société est vulnérable à ce changement climatique. « Il est donc nécessaire de prévenir au plus tôt l’inadaptable et nous adapter à l’inévitable », avertit le GIEC. La pandémie de la COVID19 a brutalement mis en lumière les dangers qu’implique une préparation insuffisante. 

Le rapport souligne que les impacts du changement climatique auront des effets considérables à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union et a déjà des répercussions sur le monde économique. Les pertes économiques dues à des événements extrêmes liés au climat dépassent déjà en moyenne 12 milliards d’euros par an. Des estimations prudentes montrent qu’un réchauffement planétaire de 3°C par rapport aux niveaux préindustriels entraînerait, pour l’économie actuelle de l’UE, une perte annuelle d’au moins 170 milliards d’euros

Quelle que soit la trajectoire européenne ou mondiale des émissions de gaz à effet de serre, et même si toutes ces émissions s’arrêtaient aujourd’hui, l’inertie du système climatique fait que nous subirons les conséquences du dérèglement climatique mondial. C’est ce que les rapports du GIEC nous présentent avec les divers scénarios établis : le futur se situe entre un scénario « tendanciel – si on ne fait rien » et un scénario « action climatique mondiale », avec des conséquences globales et locales dans tous les cas, avec des amplitudes qui varient. Les conséquences seront aussi diverses que les régions de l’Europe et les climats montagnards, continentaux, océaniques, etc. Mais l’Europe reste une échelle pertinente pour impulser des directions et s’y préparer.

Au-delà des pertes financières mentionnées, le rapport renvoie à la nécessité d’agir maintenant en mettant en avant les multiples co-avantages des solutions d’adaptation. On peut citer comme exemple les solutions d’adaptation fondées sur la nature qui participent à la préservation de la biodiversité. Ces concepts permettent de mettre en avant le « Triple dividend » de l’adaptation : 

  • Éviter les futures pertes humaines, naturelles ou matérielles,
  • Générer des avantages économiques en réduisant les risques futurs, en augmentant la productivité et en stimulant l’innovation ;
  • Créer des bénéfices sociaux, environnementaux et culturels.Construire une Union Européenne résiliente au climat selon trois axes

On comprend dans cette première partie de constat le coût énorme de l’inaction. Cela renforce à l’échelle de l’UE l’objectif d’atteindre la neutralité carbone afin de limiter au maximum les coûts de l’adaptation aux conséquences du dérèglement climatique. En complément, l’UE  s’engage à être une société résiliente au climat et pleinement adaptée aux impacts inévitables du changement. 

Pour répondre à cela, cette nouvelle stratégie fixe le cap selon trois axes majeurs, déclinés en actions ciblées :

  • Une adaptation plus intelligente : améliorer les connaissances et gérer l’incertitude
    • Repousser les frontières de la connaissance sur l’adaptation
    • Des données plus nombreuses et de meilleure qualité sur les risques et les pertes liées au climat
    • Faire de Climate-ADAPT la plateforme européenne faisant autorité pour l’adaptation
  • Une adaptation plus systémique : soutenir l’élaboration de politiques à tous les niveaux et secteurs
    • Améliorer les stratégies et plans d’adaptation
    • Favoriser la résilience locale, individuelle et juste
    • Intégrer la résilience climatique dans les cadres budgétaires nationaux
    • Promouvoir les solutions d’adaptation fondées sur la nature
  • Une adaptation plus rapide : accélérer l’adaptation à tous les niveaux
    • Accélérer le déploiement des solutions d’adaptation
    • Réduire les risques liés au climat (infrastructures résilientes)
    • Renforcer la pénétration des assurances contre les catastrophes naturelles
    • Assurer la disponibilité et la durabilité de l’eau douce
  • Faire progresser l’action internationale pour le climat

Enfin, l’ambition portée par la stratégie doit intervenir entre l’UE et les États membres pour travailler de manière cohérente et coordonnée, mais doit aussi correspondre au leadership mondial en matière de climat et d’atténuation des changements. D’une part pour tirer profit des expériences acquises par d’autres, mais aussi en renforçant son aide aux pays les plus vulnérables, avec un accent particulier sur l’Afrique, les États insulaires en développement et les pays les moins avancés. La commission souhaite également prendre en compte l’adaptation au changement climatique dans les négociations internationales, en pointant le changement climatique comme un facteur pouvant exacerber les menaces, les tensions et l’instabilité existantes.

Dans ce sens, l’UE impulse le cœur de l’action internationale en matière d’adaptation comme un modèle de développement environnemental et sociétal, notamment au travers des ODD (Objectifs de Développement Durable) des Nations Unies. Un modèle basé sur la résilience, la planification, le soutien aux groupes locaux, la prévention et dans l’éclairage de la prise de décision. Par cet engagement, l’UE compte développer des financements innovants pour l’adaptation des pays partenaires. Un financement qui sera davantage ciblé sur les actions et les pays (et communautés) qui sont particulièrement vulnérables. 

C’est par trois grands objectifs cadres que cette progression est programmée : 

  • Accroître le soutien à la résilience et à la préparation au changement climatique au niveau international
  • Renforcer la finance internationale pour renforcer la résilience climatique
  • Renforcer l’engagement et les échanges mondiaux sur l’adaptation

Vers une stratégie opérationnelle ?

L’adaptation se pose aujourd’hui entre l’urgence d’agir, le besoin de maintenir un cap sur l’atténuation des changements mais aussi se préparer et anticiper l’action pour ne pas se retrouver face à l’inadaptable.  « Les choix que nous faisons aujourd’hui doivent créer un monde meilleur ! ». 

L’accent est mis sur le niveau local qui est présenté comme le fondement de l’adaptation auquel l’UE doit contribuer à sa résilience. Et cela passe notamment par l’utilisation de solutions numériques, le développement d’initiatives et d’instruments pour engager et donner les moyens aux Européens de prendre des mesures d’adaptation directes. Un point important pour l’action locale.

La prochaine étape du processus fera intervenir des discussions avec les États membres sur la définition d’indicateurs standardisés. Il sera intéressant de voir comment les États-membres et les acteurs publics régionaux et locaux vont se saisir de ce sujet.

La stratégie européenne d’adaptation au changement climatique couvre ainsi de nombreuses thématiques, depuis les protections assurantielles en passant par la ressource en eau. Les conséquences des dérèglements climatiques sont traitées de manière transversale et systémique dans cette stratégie, ce qui rappelle à l’ensemble des acteurs à quel point l’intégralité des pans de nos sociétés sont impactés et doivent s’adapter dès aujourd’hui aux aléas climatiques futurs, même si nous ne percevons pas encore leur intensité. 

En outre, l’échelle locale est mise en avant dans cette stratégie. En effet, si des grands axes peuvent être donnés à l’échelle européenne, l’adaptation au changement climatique doit être déclinée à toute échelle, et ceci pour 2 raisons : les conséquences et aléas climatiques ont des réponses locales variées, que ce soit entre deux pays, deux régions ou même au sein d’une même région en fonction de l’environnement et du milieu.  La deuxième raison est que les vulnérabilités sont inégales entre les échelles et les structures : l’Etat, les collectivités, les entreprises de toutes tailles, les citoyens… Les capacités d’adaptation peuvent différer. En complément, on comprend dans cette stratégie que l’échelle locale est celle de la résilience – concept que l’on a encore plus pris en main avec la crise sanitaire. Les petites échelles présentent des avantages d’agilité et de spécificité pour mettre en œuvre des actions collectives d’adaptation. Bien sûr, celles-ci peuvent être accompagnées par les instances telles que l’Europe, ce qui sera un enjeu primordial : pour lancer des initiatives, identifier les modèles performants dans différents pays ou encore favoriser le partage d’expériences (à l’image du programme Life Agri Adapt par exemple). Ainsi les entreprises et les territoires doivent s’inscrire dans ces grands axes, et en particulier celui de la résilience locale, et définir dès aujourd’hui leur propre stratégie d’adaptation aux dérèglements climatiques. BL évolution accompagne les territoires et entreprises dans ces démarches.