Face aux enjeux climatiques, à la hausse du coût des carburants, aux tensions sur l’espace public et aux évolutions des modes de vie, les mobilités s’imposent comme un sujet central, transversal et local, complexe à appréhender pour les élus et leurs équipes.

Pendant des décennies, nos territoires se sont structurés autour de la voiture individuelle. Les distances se sont allongées, nos modes de vie s’y sont adaptés et notre dépendance aux énergies fossiles s’est renforcée. Aujourd’hui, l’enjeu est clair : proposer des alternatives à la voiture individuelle en développant une approche multimodale, qui redonne toute leur place aux modes les plus sobres.

Dans ce contexte, le vélo apparaît comme un levier particulièrement transformateur à l’échelle locale. Pour les trajets de 2 à 10 km – qui représentent une part importante des déplacements – il constitue une alternative accessible, économique et bénéfique pour la santé, qui pourrait représenter entre 30 et 50 % des déplacements. L’essor du vélo à assistance électrique et des vélos cargos élargit encore ses usages, y compris dans des territoires peu denses et pour des besoins professionnels.

Comment, en pratique, engager une dynamique positive en début de mandat ? Voici quelques mesures concrètes et rapides à mettre en œuvre pour faire du développement des modes actifs (vélo et marche) un axe fort de votre projet de territoire.

1. Mobiliser et former pour construire une vision partagée

Le début de mandat est un moment stratégique pour poser les bases d’une politique de mobilité ambitieuse.

Il est nécessaire de former le personnel politique et technique, et pas uniquement les services urbanisme, transport, logement et alimentation. La transition suppose des changements de paradigmes et une intégration des enjeux systémiques dans différents volets de l’action publique. En début de mandat, il est donc nécessaire de construire une vision partagée par l’ensemble des équipes.

Plusieurs niveaux de formation peuvent être mobilisés :

  • Comprendre les enjeux de transition (climat, énergie, ordres de grandeur, adaptation) avec des formats comme les ateliers 2tonnes, les Fresques du Climat, de la biodiversité ou de la Mobilité, nos vies bas carbone, les serious games…
  • Maîtriser les politiques de mobilité : cadre réglementaire, enjeux de transition écologique des territoires, outils et modes de financements comme le versement mobilité.
  • Comprendre et s’approprier les réalités locales : flux de déplacements, attentes des habitantes et habitants selon leur profils, précarité liée à la mobilité, vieillissement de la population, publics non motorisés. Pour cela, vous pouvez vous appuyer sur des outils tels que : le diagnostic mobilités, le baromètre vélo
  • Aménager en faveur des piétons et cyclistes, en évitant les écueils fréquents : aménagements discontinus, peu sécurisés ou pensés uniquement pour les usagers déjà convaincus, services non-capacitaires ou peu ergonomiques…

Les consultants et consultantes de BL évolution peuvent animer ces formats, et/ou concevoir des modules de formation sur-mesure, indépendamment ou dans le cadre d’accompagnements plus larges. Ces ateliers peuvent servir de premier pas vers d’autres actions plus ambitieuses.

S’inspirer de territoires en avance de phase

Mobilités durables : organisation d'un voyage d'étude

L’organisation d’un voyage d’étude est un moyen de s’inspirer des démarches ambitieuses engagées sur d’autres territoires, et de bénéficier des retours d’expérience de ses pairs. Par exemple, en 2024, BL évolution a organisé pour les équipes du Grésivaudan (personnel élu ou technique) une visite de la métropole d’Annecy, sur le thème du vélo.

Au programme : visite des aménagements cyclables réalisés et présentation du service de location de vélos local, Vélonecy, temps d’échanges avec les équipes locales sur des actions récentes mises en œuvre et sur la méthode adoptée, retour d’expérience sur les différents projets cyclables du territoire…

Au terme de cette journée, les personnes invitées repartent avec un désir renforcé de développer le vélo sur leur territoire, en ayant forgé un lien fort avec le territoire accueillant. Cette visite s’inscrivait dans la conception du plan d’action de leur schéma vélo et un livre blanc a été rédigé à l’issue du voyage pour consigner les enseignements qu’en ont retiré les élus et élues invités, et les ambitions qui sont nées de ce voyage.

C’est tout l’intérêt d’organiser des rencontres au début ou au terme d’une démarche de planification : elles agissent en catalyseurs de démarches concrètes et ambitieuses sur les sujets de mobilités. Disposant d’une bonne connaissance des territoires de France, et de leurs enjeux propres, BL évolution est en mesure d’établir des parallèles avec les besoins rencontrés en missions et d’organiser des voyages d’études sur des territoires aux enjeux similaires ou ayant développé des approches innovantes.

2. Faire le bilan et évaluer pour mieux planifier

Avant de s’engager sur le chemin de la transition, il peut être utile de faire un bilan des politiques de mobilité du mandat précédent, afin de bien cerner les besoins et d’adopter une approche adaptée et pertinente. Pour structurer ce bilan, posez-vous les questions suivantes :

  • Quels projets ont été planifiés et lesquels ont réellement été mis en œuvre ?
  • Quels publics ont été touchés, et avec quels effets ?
  • Les résultats ont-ils été mesurés, et sont-ils à la hauteur des objectifs ?
  • Quels ont été les freins rencontrés, et des solutions adaptées ont elles pu être apportées ?

Ce travail peut s’appuyer sur des données quantitatives (indicateurs de fréquentation, parts modales estimées, investissements réalisés, accidentologie) et qualitatives (retours d’usagers, perception des aménagements).

Un facteur clé de réussite : associer le plus tôt possible les collectifs d’usagers et usagères et les acteurs locaux (employeurs, commerçants, …). Ces derniers sont souvent les meilleurs relais des besoins concrets du terrain, mais ils peuvent aussi s’inscrire en critique de la politique menée si leur contribution n’est pas sollicitée et/ou entendue.

Leur proposer de s’impliquer dès le début du mandat permet d’influer sur les choix structurants, et de construire un compromis au plus près des attentes réelles. Enfin, en associant les collectifs de cyclistes et autres acteurs locaux le plus possible en amont, on peut compter sur eux par la suite pour valoriser et défendre les actions entreprises par la collectivité auprès des citoyennes et citoyens.

Cette étape de bilan doit permettre d’aboutir à une feuille de route claire, intégrant priorités d’action, calendrier de mise en œuvre et moyens associés.

3. Passer à l’action rapidement : des mesures “sans regrets”

Certaines actions peuvent être mises en œuvre rapidement, avec des coûts limités et des bénéfices immédiats.

Sécuriser les abords des écoles, les passages piétons, et apaiser la circulation

Les dispositifs de type rues aux écoles visent à limiter la circulation motorisée aux heures d’entrée et de sortie des classes. Faciles à mettre en place (signalisation temporaire, présence humaine), ils améliorent immédiatement la sécurité et la qualité de l’air, tout en sensibilisant les familles aux mobilités actives.

Le code de la voirie prévoit une mesure méconnue pour améliorer la co-visibilité et sécuriser les abords des passages piétons : “Aucun emplacement de stationnement ne peut être aménagé à moins de 5 mètres des passages piétons.” (Art L. 118-5-1 du Code de la voirie routière). C’est par ailleurs un espace idéal à végétaliser (à hauteur d’enfant) ou pour aménager des stationnements vélo.

L’apaisement de la circulation s’appuie sur plusieurs solutions : réduction des vitesses limites autorisées, politique de stationnement encadrée, réorganisation des circulations ou aménagements de dispositifs d’apaisement (plateaux, priorités, …).

Par ailleurs, certaines actions peuvent aussi être temporaires pour expérimenter et évaluer les mobilités alternatives.

Expérimenter des aménagements réversibles

Mobilités durables : expérimenter grâce à l'urbanisme tactique. Crédit : BL évolution/ Sébastien Marrec

L’urbanisme dit “tactique” est une approche qui consiste à tester un aménagement avant de l’ajuster et de le pérenniser si les résultats sont concluants. Cette pratique a été popularisée lors du confinement, en 2020, et de nombreuses collectivités continuent d’expérimenter avec des aménagements temporaires en faveur des modes actifs, avant de les pérenniser :

Ces expérimentations doivent être encadrées, suivies et évaluées. La phase de test doit être suffisamment longue pour pouvoir confronter la proposition à des situations variées (plusieurs mois) et englober a minima la période printemps / été où les pratiques cyclables sont plus favorables. Cette approche par l’expérimentation d’aménagements temporaires offre un levier puissant pour dépasser les résistances et tester l’acceptabilité sociale des mesures.

Sensibiliser et mobiliser

La communication joue un rôle clé dans les changements de comportement : mettre en avant les bénéfices du vélo auprès de futurs usagers (santé, budget, temps de trajet), faire connaître les aides existantes, montrer le volontarisme des élus et de la collectivité en communiquant sur les actions menées, en interne ou auprès de la population.

Les temps forts comme la campagne “Mai à vélo” ou d’autres événements de promotion du vélo sont d’excellentes opportunités pour lancer ou entretenir une dynamique locale. Vous pouvez lancer votre campagne de communication pour encourager l’usage de la marche et du vélo à l’arrivée des beaux jours, proposer une aide financière pour réviser son vélo (10 à 50 euros par révision par exemple), inscrire la collectivité sur Géovélo pour le challenge “Mai à Vélo” (concours de kilomètres cumulés parcourus en mai), consacrer quelques places de stationnement voiture à des arceaux vélo provisoirement pour rendre ces usages plus faciles et visibles, …

Une politique cyclable efficace ne se limite pas à l’espace public, elle peut aussi s’appuyer sur :

Structurer une dynamique dans la durée

Mettre en place une politique de mobilité ne suffit pas : encore faut-il suivre ses effets dans le temps :

  • mesurer l’évolution des usages,
  • identifier les actions les plus efficaces,
  • ajuster les dispositifs expérimentés,
  • et réorienter les investissements si nécessaire.

Appuyez-vous sur des outils comme les baromètres usagers, les enquêtes locales ou les indicateurs de fréquentation pour objectiver les résultats et nourrir vos décisions.

 

En ce début de mandat, l’enjeu principal est de poser des bases solides tout en lançant rapidement des actions visibles, afin d’engager une dynamique positive et durable.

Vous souhaitez structurer votre politique de mobilité, former vos équipes ou expérimenter des actions concrètes sur votre territoire ? BL évolution accompagne les collectivités à chaque étape, du diagnostic à la mise en œuvre opérationnelle ou stratégique. Contactez-nous pour en discuter.