L’initiative Science Based Targets (SBTi) a publié la version 2.0 de son Corporate Net-Zero Standard. Ce cadre méthodоlogique aide les entreprises à définir des objectifs de réduction d’émissions alignés avec la science climatique et cоmpatibles avec les оbjectifs de l’Accord de Paris lors de la COP21 en 2015.
L’adoption de cette nouvelle version marque une étape importante. Après une première méthodologie publiée en 2021 et une phase de consultation publique en 2025, lors de laquelle BL évolution avait apporté sa contribution, le standard évolue pour répondre à un enjeu central : passer de la fixation d’objectifs climat à leur mise en œuvre concrète.
Autrement posée, la question n’est plus seulement de savoir si l’entreprise s’est fixée un objectif “net zéro émissions”. Il s’agit aussi de savoir si elle dispose des moyens, des données et du plan d’action pour l’atteindre réellement, et de l’accompagner dans cette direction.
Une méthodologie plus orientée vers l’action
La nouvelle version introduit une logique plus dynamique. Le standard ne cherche plus seulement à évaluer la robustesse d’un оbjectif à un instant donné. Il vise aussi à mieux suivre les progrès réalisés, à renfоrcer la qualité des données et à encourager les entreprises à actualiser régulièrement leurs objectifs.
Cette évolution répond à une limite souvent observée dans les engagements climat : des objectifs ambitieux sont annoncés, mais les plans d’action, les moyens financiers, la gouvernance et les indicateurs de suivi restent parfois insuffisamment structurés.
C’est pourquoi le lien avec les plans de transition devient central. Un objectif de réductiоn n’a de valeur que s’il est relié à des actiоns concrètes : transformation des procédés, efficacité énergétique, évolution des achats, engagement des fournisseurs, investissements bas-carbone ou adaptation du modèle économique.
Cette logique rejoint directement les principes d’une stratégie climat construite avec la démarche ACT Pas-à-Pas, qui vise à relier ambitiоn climatique, vision stratégique et plan d’action opérationnel.

Les principales nouveautés de la V2.0
La nouvelle méthodologie introduit plusieurs évolutions importantes.
D’abord, elle propose une approche plus différenciée selon les entreprises. La taille, la localisation géographique et les capacités d’action peuvent être davantage prises en compte afin de mieux appliquer le standard aux différents contextes.
Ensuite, elle renforce le lien entre les objectifs climatiques et les plans de transition. Les entreprises sont tenues d’expliquer comment leurs objectifs s’intègrent dans leur stratégie, leur gouvernance, leurs investissements et leurs décisions opérationnelles.
La V2.0 accorde aussi une place plus importante au suivi annuel des progrès. Les entreprises doivent rendre compte plus régulièrement de leur trajectoire, des écarts éventuels avec leurs objectifs et des actions correctives mises en place.
Enfin, la méthodologie introduit une hiérarchie entre les différents leviers d’action. La priorité reste la réduction réelle des émissions dans les opérations et la chaîne de valeur, avant le recours à des instruments de marché ou à des contributions climatiques complémentaires.
Des évolutions importantes sur les scopes 1, 2 et 3
La nouvelle méthodologie apporte également des précisions sur les scopes d’émissions.
Le scope 1, qui correspond aux émissions directes de l’entreprise, évolue afin de mieux prendre en compte les trajectoires de transformation des actifs et des activités.
Le scope 2, lié à l’énergie achetée, est davantage encadré. Les entreprises sont appelées à mieux différencier les émissions calculées à partir du mix énergétique réel du territoire et celles qui découlent des choix d’approvisionnement de l’entreprise, comme les contrats d’électricité bas-carbone ou les certificats d’énergie. Cela permet de mieux séparer ce qui relève du contexte énergétique local et ce qui relève des décisions d’achat de l’entreprise.
Le scope 3 reste l’un des sujets les plus sensibles. Il regroupe les émissions de la chaîne de valeur : fournisseurs, achats, transport, commercialisation, utilisation des produits, fin de vie, etc. Comme il représente souvent la part la plus importante de l’empreinte carbone d’une entreprise, la V2.0 cherche à mieux structurer les leviers d’action et les indicateurs de suivi.

Une avancée, mais des points de vigilance
Cette nouvelle version va dans le sens d’une plus grande opérationnalité. Elle pousse les entreprises à dépasser la simple annonce d’objectifs pour entrer dans une logique de pilotage, de preuve et de transformation.
Mais cette évolution appelle aussi à rester vigilant. Plusieurs analyses publiées par des acteurs du conseil climat et des observateurs spécialisés soulignent que la flexibilité introduite par la V2.0 peut rendre les trajectoires moins comparables entre entreprises. La place accordée à certains certificats, instruments de marché ou approches en intensité doit également être encadrée avec rigueur.
L’enjeu est clair : la flexibilité méthodologique ne doit pas affaiblir l’ambition climatique. La priorité doit rester la réduction réelle des émissions, en particulier en valeur absolue, et la transformation effective des modèles économiques.
Cette vigilance rejoint les 10 principes pour une stratégie climat d’entreprise ambitieuse : réduction prioritaire des émissions, distinction entre réduction, évitement et séquestration, transparence dans la communication et cohérence avec les objectifs scientifiques.
Pourquoi cette méthodologie est importante pour les entreprises
Pour les entreprises, la V2.0 de SBTi représente bien plus qu’une mise à jour technique.
Elle implique de renforcer la qualité des données carbone, de mieux structurer les plans de transition, d’impliquer davantage les directions métiers et financières, et d’articuler les objectifs SBTi avec les autres cadres existants, comme la CSRD, ACT ou encore le GHG Protocol.
Cette articulation est essentielle : les entreprises concernées par le reporting de durabilité devront être capables de relier leurs objectifs climatiques, leurs indicateurs, leurs plans d’action et leurs informations de reporting. Sur ce point, notre guide 2026 pour préparer son premier rapport CSRD permet de mieux comprendre les attentes liées à la double matérialité, aux politiques, aux cibles et aux indicateurs.
La V2․0 de SBTi met également davantage l’accent sur le suivi des progrès au fil du temps․ Les entreprises ne sоnt pas seulement tenues de définir une trajectoire vers le net zéro, elles doivent aussi être en mesure d’expliquer comment elles avancent par rappоrt à leurs оbjectifs, quels écarts peuvent survenir et quelles mesures sont mises en œuvre pour rester sur la bonne voie․
Notre lecture
Chez BL évolution, nous saluons les avancées de cette nouvelle version, notamment le renforcement du suivi des progrès, le lien plus fort avec les plans de transition et la volonté de mieux intégrer les objectifs climat dans la réalité opérationnelle des entreprises.
Nous restons toutefois attentifs à plusieurs points : la comparabilité entre trajectoires, la place des émissions absolues, le rôle des certificats et la clarification de la notion de net zéro à l’échelle d’une entreprise.
La publication de cette V2.0 de SBTi marque le début d’une nouvelle étape. Pour les entreprises, l’enjeu est désormais de se préparer : identifier les écarts avec la nouvelle méthodologie, fiabiliser les données, structurer un plan de transition crédible et intégrer les objectifs climat dans les décisions stratégiques.
La question n’est donc plus seulement d’avoir un objectif validé. Elle est de savoir si l’entreprise a réellement la capacité de le mettre en œuvre, de le suivre et de le démontrer.
Pour aller plus loin, découvrez nos expertises Énergie-Climat et nos accompagnements autour du Bilan Carbone, des trajectoires de réduction, des plans de transition, d’ACT et de SBTi.