Quelle que soit leur taille, leur nature – publique ou privée – ou leur secteur d’activité, les organisations sont aujourd’hui exposées à une diversité de risques liés aux achats. Alors qu’elles sont amenées à s’engager toujours plus dans la transition écologique, à faire preuve d’une vigilance accrue sur leurs chaînes de valeur et à être de plus en plus exigeantes en matière d’achats responsables, la mise en place d’une stratégie et d’un plan d’action s’impose comme un levier indispensable pour mieux anticiper, maîtriser et réduire ces risques.
Selon la 15e édition du Baromètre des Achats Responsables de l’ObsAR, un décalage persiste dans la structuration des démarches achats responsables : si 93 % des organisations déclarent disposer d’une stratégie dédiée – dont 92 % des PME – seules 56 % ont formalisé une cartographie des risques achats. Celle-ci permet à une collectivité ou une entreprise d’identifier, d’analyser et de prioriser les risques auxquels ses achats sont exposés. Elle constitue un outil essentiel pour améliorer la performance, réduire leurs impacts environnementaux et sociaux, et construire une politique d’achats responsables adaptée aux réalités de l’organisation.
Elle représente également un préalable utile à l’élaboration d’un plan d’action achats responsables, en permettant de concentrer les efforts sur les familles d’achats les plus exposées ou les plus stratégiques.
Comprendre la cartographie des risques RSE dans les achats
Que permet-elle concrètement ?
Une cartographie des risques RSE dans les achats vise d’abord à mieux connaître le degré de maturité de l’organisation dans l’anticipation et la maîtrise de ces risques. Elle aide à objectiver les vulnérabilités existantes et à identifier les leviers d’amélioration prioritaires.
Elle permet également d’améliorer le processus achats, avec l’objectif de prévenir et d’atténuer les risques RSE. En mettant en évidence les familles d’achats les plus sensibles, elle aide les équipes achats, RSE, juridiques ou métiers à mieux cibler leurs efforts.
Concrètement, elle permet de :
- Prioriser les familles d’achats sur lesquelles concentrer l’énergie et les moyens ;
- Mieux intégrer les enjeux sociaux et environnementaux dans les décisions d’achat ;
- Rédiger des prescriptions et exigences plus ciblées dans les cahiers des charges ;
- Adapter les critères d’analyse des offres ;
- Renforcer le dialogue avec les fournisseurs ;
- Construire un plan d’action achats responsables réaliste et progressif.
Quel format adopter ?
La cartographie des risques RSE dans les achats peut prendre différentes formes selon la taille de l’organisation, la maturité de la fonction achats et les ressources disponibles. Elle s’appuie le plus souvent sur une matrice combinant deux dimensions : la probabilité d’occurrence du risque et son impact potentiel pour l’organisation.
Cette matrice permet de classer les risques selon leur niveau de criticité, afin de distinguer les risques majeurs, les risques à surveiller et les risques moins prioritaires.
Pour être utile, la cartographie doit être formalisée dans un support évolutif et facilement actualisable. Elle doit pouvoir intégrer les évolutions de l’organisation, les nouveaux besoins d’achats, les retours d’expérience, les changements réglementaires, les évolutions des marchés fournisseurs ou encore les nouvelles priorités environnementales et sociales.
Il ne s’agit donc pas d’un document figé, mais d’un outil vivant, appelé à être mis à jour régulièrement.
De quels risques parle-t-on ?
Dans le cadre d’une analyse de risques, les catégories prises en compte sont : risques financiers, contractuels, réglementaires, fournisseurs, métiers, opérationnels, réputationnels, technologiques ou encore cybersécurité.
Dans le cadre d’une cartographie des risques RSE dans les achats, l’analyse se concentre plus spécifiquement sur les risques environnementaux et sociaux.
Les enjeux et les risques environnementaux et sociaux sont similaires si on réalise une cartographie pour une entité publique ou privée. Néanmoins, la nature de ces risques, leur niveau de criticité, leur traitement et les leviers d’action varient fortement d’une famille d’achats à l’autre. Une même organisation n’aura pas les mêmes risques selon qu’elle achète des prestations intellectuelles, des travaux, du matériel informatique, de l’alimentation, du textile, des véhicules ou des produits d’entretien.
Voici les enjeux et les risques environnementaux et sociaux associés à évaluer par famille d’achat (liste à ajuster selon le type d’organisation et ses priorités) :
| Enjeux | Risques | |
|---|---|---|
| Environnement | Énergie et climat | Consommation d’énergie, émissions de Gaz à Effet de serre (GES) |
| Ressources et déchets | Érosion des ressources, production de déchets | |
| Biodiversité | Érosion de la biodiversité, déforestation, artificialisation, pollution | |
| Air | Pollution | |
| Eau | Consommation d’eau, pollution | |
| Amont | Achats de produits ou matériaux non-responsables | |
| Social | Inclusion | Discriminations et exclusion |
| Santé-sécurité | Risques psycho-sociaux, atteinte à la sécurité, trouble musculosquelettiques | |
| Communautés | Commerce non équitable | |
| Amont | Risques sociaux dans la chaîne de valeur (droits de l'homme, santé-sécurité) |
Cette liste doit être adaptée à chaque organisation, à ses priorités, à ses familles d’achats et à son niveau d’exposition.
Quelle différence entre risques bruts et risques nets ?
Une cartographie des risques distingue généralement les risques bruts des risques nets.
Les risques bruts correspondent aux risques inhérents à une famille d’achats, indépendamment des mesures déjà mises en place par l’organisation. Ils permettent de répondre à la question suivante : à quels risques cette famille d’achats est-elle exposée par nature ?
Par exemple, les achats textiles peuvent présenter des risques bruts élevés en matière de conditions de travail dans la chaîne de valeur, de consommation d’eau, d’usage de produits chimiques ou de traçabilité des matières premières.
Les risques nets correspondent, quant à eux, au niveau de risque restant après prise en compte des mesures de prévention, de maîtrise ou d’atténuation déjà déployées par l’organisation. Il peut s’agir, par exemple, de clauses contractuelles, de critères RSE dans les appels d’offres, d’audits fournisseurs, d’exigences de traçabilité, de certifications, de plans de progrès ou de démarches de dialogue avec les fournisseurs.
La cartographie passe donc d’abord par l’identification des risques bruts, puis par l’analyse des dispositifs existants afin d’évaluer les risques nets. Ce sont ces risques nets qui permettent ensuite de hiérarchiser les priorités et de construire un plan d’action adapté.
Comment utiliser la cartographie dans le processus achats ?
Pour être efficace, la cartographie doit être pleinement intégrée au processus achats. Elle ne doit pas rester un document de diagnostic séparé des pratiques opérationnelles.
Les risques RSE doivent ensuite être hiérarchisés en fonction de leur criticité et des priorités de l’entité. Cette étape permet de définir un plan d’action ciblé et adapté pour réduire les impacts sur les activités, et développer les achats responsables.
Si la cartographie des risques RSE dans les achats est construite à l’échelle de chaque famille d’achat, elle permet également de préciser les exigences à décliner auprès des fournisseurs lorsqu’un appel d’offre est passé (outil d’aide à la rédaction de prescription) ou qu’une demande de devis est réalisée :
- Lors de l’expression du besoin, pour questionner l’utilité, le volume, la durabilité ou les alternatives possibles ;
- Lors de la préparation d’un appel d’offres, pour identifier les exigences RSE à intégrer dans le cahier des charges ;
- Lors de l’analyse des offres, pour définir des critères cohérents avec les risques identifiés ;
- Lors du suivi d’exécution du marché ou du contrat, pour piloter les engagements pris par les fournisseurs ;
- Lors du renouvellement d’un marché, pour capitaliser sur les retours d’expérience.
La cartographie peut ainsi aider à formuler des prescriptions plus ciblées auprès des fournisseurs, à adapter les demandes de devis, à renforcer les clauses sociales ou environnementales, ou encore à prioriser les actions de sensibilisation auprès des services prescripteurs.
Les étapes clés pour réaliser une cartographie des risques RSE dans les achats
La réalisation d’une cartographie des risques RSE dans les achats passe généralement par plusieurs étapes structurantes :
- Clarifier le rôle et les responsabilités des contributeurs
Identifier les personnes à associer : direction achats, direction RSE, direction juridique, directions métiers, services prescripteurs, contrôle interne, finances ou encore élus dans le cas d’une collectivité. Chacun apporte une connaissance spécifique des achats, des pratiques internes, des contraintes opérationnelles et des risques associés.
- Choisir le support adapté
Le support doit être suffisamment robuste pour structurer l’analyse, mais assez simple pour être utilisé et mis à jour. Il peut prendre la forme d’un tableur, d’un outil interne de pilotage, d’une matrice de risques ou d’un module intégré à un outil achats.
L’enjeu est de disposer d’un support lisible, partagé et évolutif.
- Identifier les besoins d’achats auprès des services
Partir d’une compréhension fine des besoins réels de l’organisation : il s’agit de recueillir les informations auprès des services prescripteurs afin d’identifier les achats les plus structurants, les plus fréquents ou les plus sensibles.
- Catégoriser les achats par familles
L’analyse se fait généralement à l’échelle des familles d’achats : travaux, mobilité, informatique, restauration, fournitures, prestations intellectuelles, énergie, entretien, équipements, textile, etc. Il s’agit de rester opérationnel en évitant d’entrer dans un niveau d’analyse trop fin, qui serait difficile à maintenir dans le temps pour certaines structures.
- Identifier les enjeux et les risques inhérents
Pour chaque famille d’achats, identifier les risques bruts – c’est-à-dire les risques sociaux et environnementaux propres à la nature de ces achats. Cette étape peut s’appuyer sur des données internes, des retours d’expérience, des référentiels sectoriels, des entretiens avec les équipes ou des analyses documentaires.
- Collecter les données sur les actions déjà mises en place
L’organisation doit ensuite recenser les mesures déjà existantes : clauses contractuelles, critères RSE, labels, certifications, audits, chartes fournisseurs, exigences réglementaires, procédures internes, formations, suivi de performance ou plans de progrès.
Cette analyse permet de mesurer le niveau de maîtrise actuel des risques.
- Évaluer la criticité des risques
Les risques sont évalués en fonction de leur probabilité d’occurrence et de l’impact potentiel pour l’organisation. Cette étape permet de hiérarchiser les risques en fonction de leur criticité.
L’évaluation doit être menée avec pragmatisme : l’objectif n’est pas de produire une analyse théorique exhaustive, mais de disposer d’un outil utile pour orienter l’action.
- Compléter la cartographie avec les risques nets
Une fois les mesures existantes prises en compte, l’organisation peut évaluer les risques nets. Ceux-ci correspondent au niveau de risque résiduel, après prise en compte des actions déjà déployées.
Ils permettent d’identifier les axes de progression prioritaire, c’est-à-dire les zones où les dispositifs actuels sont insuffisants et où de nouvelles actions doivent être mises en place.
- Hiérarchiser les priorités et construire le plan d’action
La cartographie permet enfin de prioriser les actions à mener. Certaines familles d’achats pourront nécessiter des exigences renforcées dans les cahiers des charges, d’autres un travail de sourcing, de formation, de dialogue fournisseurs, de suivi contractuel ou de révision des pratiques internes.
Le plan d’action doit être ciblé, réaliste et progressif. Il doit tenir compte des moyens disponibles, du niveau de maturité de l’organisation et des impacts attendus.
- Mettre à jour et améliorer continuellement la cartographie
La cartographie doit être actualisée régulièrement. Les risques évoluent, les marchés fournisseurs changent, les pratiques internes progressent, les exigences réglementaires se renforcent et les priorités stratégiques peuvent être révisées.
Une mise à jour régulière permet de faire de la cartographie un véritable outil de pilotage, et non un simple exercice ponctuel.
La cartographie des risques, un outil structurant pour passer à l’action
La réalisation d’une cartographie des risques RSE dans les achats peut sembler complexe, en particulier pour les organisations qui débutent leur démarche d’achats responsables. Elle constitue pourtant un outil stratégique et structurant pour mieux connaître ses risques, orienter ses priorités et agir de manière ciblée.
Pour les collectivités comme pour les entreprises, elle permet de relier les ambitions RSE aux pratiques achats concrètes. Elle aide à passer d’une politique générale à des actions opérationnelles, adaptées aux familles d’achats les plus exposées.
BL évolution accompagne les collectivités et les entreprises dans l’élaboration de leur cartographie des risques achats, ainsi que dans la structuration plus globale de leur démarche d’achats responsables. Nos consultants et consultantes peuvent vous aider à identifier vos enjeux prioritaires, construire votre méthodologie, animer les échanges avec vos parties prenantes, formaliser la cartographie et définir un plan d’action adapté à vos besoins.
Contactez nos équipes pour un premier échange gratuit sur vos besoins en matière d’achats responsables et de cartographie des risques RSE.